Interpellation du Préfet de Paris afin de demander l’arrêt du projet du Charles de Gaulle Express
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Paris, le 24 janvier 2019

Monsieur le Préfet,

Le Premier Ministre vous a récemment chargé d’une mission de coordination et de pilotage des interfaces des travaux programmés sur l’axe ferroviaire Paris-Nord, dans le cadre de laquelle vous avez souhaité mener une concertation sur le CDG Express jusqu’au 25 janvier.

Les écologistes se sont fait l’écho à de nombreuses reprises des inquiétudes et des oppositions que le projet du CDG Express suscite auprès des Francilien-nes, collectivités, associations et syndicats, en pointant dès son origine les impasses techniques et les contraintes environnementales qu’il ne manquerait pas de poser.

Depuis, les annonces et les avis négatifs se succèdent, tendant à vérifier que le CDG Express n’est socialement pas accepté et que ce projet n’est pas tenable en l’état, encore moins son calendrier de réalisation.

Il est encore temps de renoncer à ce projet inefficace sur le plan de la lutte contre la pollution de l’air et incompatible avec les engagements de la France contre le dérèglement climatique. À l’heure où les Franciliennes et les Franciliens demandent à être mieux accompagné-es dans la transition écologique, le développement effréné du trafic aérien est un horizon mortifère pour notre santé, notre environnement et notre région.

Le CDG Express représente en outre un gaspillage d’argent public au détriment de l’investissement dans nos transports du quotidien. Annoncé initialement à 600 millions d’euros en 2011, le coût du CDG Express a déjà été multiplié par quatre en seulement sept ans et avoisine désormais 2,5 milliards d’euros, faisant peser une menace significative sur la rentabilité finale du projet.

À l’heure où des efforts toujours plus nombreux sont demandés aux Français-es et, dans un contexte de révolte contre la baisse du pouvoir d’achat, le coût du CDG Express est d’autant plus injustifiable que ce train aux tarifs exorbitants sera réservé aux plus riches. Déconnectés du Pass Navigo et du réseau de transports franciliens, les prix du CDG Express seront également déconnectés du pouvoir d’achat de la grande majorité des Francilien-nes, avec un trajet aller-retour déjà annoncé à au moins 48 euros !

Ainsi, au lieu de réduire les inégalités sociales, le CDG Express aggravera en plus les inégalités territoriales puisqu’il traversera toute la Seine-Saint-Denis sans jamais s’arrêter dans une commune de banlieue, rappelant l’époque où le développement de la banlieue était subordonné aux intérêts de Paris et où le pouvoir central imposait par le haut ses grands projets au détriment de l’avis des collectivités locales.

Si cette infrastructure fait l’impasse sur la construction et la dynamique du Grand Paris, elle aggravera bien en revanche les conditions de transports du quotidien des Francilien-nes.

La construction du CDG Express viendrait percuter de plein fouet un calendrier de travaux déjà largement saturé sur le faisceau ferroviaire du nord de Paris d’ici 2025 : modernisation des voies et des rames du RER B, franchissement de Pleyel, refonte de la Gare du Nord, réalisation des interconnexions avec les gares du Grand Paris Express, etc. Au regard des besoins en matière de mobilité, de report modal et de lutte contre la pollution automobile, le CDG Express ne saurait être jugé comme un chantier prioritaire dans ce secteur.

La mise en accessibilité des gares existantes et les travaux de modernisation du RER B apparaissent tout autant indispensables. Ils seront une condition du bon accueil des Jeux Paralympiques de 2024. Au quotidien, ce sont d’ailleurs 12% des Francilien-nes, soit 1,4 million de personnes, qui éprouvent des difficultés de mobilité.

Une fois le CDG Express réalisé, son exploitation fera supporter des risques conséquents sur le réseau de transports existant et tout particulièrement sur la ligne B du RER, deuxième ligne de transports la plus empruntée d’Europe avec 870 000 voyageurs par jour. C’est 36 fois plus que les 24 000 voyageurs attendus sur le CDG Express selon les prévisions les plus optimistes.

Axe structurant du réseau de transports franciliens, le RER B fait l’objet d’investissements constants pour améliorer ses capacités et son exploitation qui ont permis de redresser fortement sa ponctualité entre 2009 et 2015 (+12 points). Mais cette dernière reste soumise aux aléas, aux chantiers et à la vétusté du réseau en cours de modernisation qui n’ont pas permis à ce jour au RER B de maintenir sa ponctualité au niveau des performances de 2015.

Pour autant, alors qu’il était censé être facilité, le report de voyageurs du RER B sur le CDG Express devrait être tout à fait marginal. Dans son avis sur la réalisation et l’exploitation du CDG Express, Île-de-France Mobilités “fait valoir qu’il convient de rester mesuré sur d’éventuels effets positifs du projet CDG Express sur le fonctionnement du RER B”.

L’Autorité des transports d’Île-de-France pointe en revanche de très nombreuses contraintes techniques, à commencer par l’utilisation par le CDG Express d’espaces ferroviaires utilisés par d’autres lignes en situation d’exploitation normale ou pour fluidifier le trafic en cas de situations d’exploitation perturbée. Île-de-France Mobilités pointe des problèmes de compatibilité entre le CDG Express et l’exploitation de la ligne K, du RER B et d’EOLE pour lequel il reste d’ailleurs à “s’assurer que le projet CDG Express est compatible avec la grille d’exploitation du projet EOLE, qui a été bâtie sans CDG Express”.

On le voit, le CDG Express pose donc des problèmes substantiels de compatibilité avec les autres travaux prévus sur cet axe et l’exploitation des transports franciliens.

Alors que la voix de tous les départements d’Île-de-France, de la Région et de plus en plus de communes s’élève pour demander la suspension et le report des travaux, il est encore temps d’arrêter ce projet et de reporter ces investissements vers les transports du quotidien.

Comment faire entendre à titre d’exemple aux 115 000 usager-es quotidiens du Tram 1 qu’il manquerait 100 millions d’euros pour achever le prolongement de leur tramway à l’Est jusqu’à Val-de-Fontenay alors que 2,5 milliards d’euros seraient mobilisés dans le même temps pour un projet concernant 5 fois moins de voyageurs ?

C’est pourquoi nous vous demandons de veiller à la bonne exécution du Contrat de Plan État-Région 2015-2020 qui a pris un retard considérable dans de nombreux territoires, et notamment en Seine-Saint-Denis, en engageant dès l’issue de cette concertation un plan de rattrapage du calendrier des projets de créations et d’extensions de lignes inscrits au CPER.

Il s’agit là de mesures indispensables sur lesquelles l’État est vivement attendu par les citoyennes et les citoyens pour améliorer leurs conditions de vie et les accompagner dans la transition écologique de notre région.

Au moment où le gouvernement admet la tenue d’un grand débat national sur les orientations de sa politique, il serait hautement souhaitable que votre concertation prenne enfin en compte l’avis des collectivités et des usager-es des transports sur les priorités en matière de déplacements.

Dans l’espoir d’être entendu-es, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Préfet, l’expression de notre profond respect.

Mounir Satouri, président du groupe Alternative Écologiste et Sociale au Conseil régional

David Belliard, président du groupe des élu-e-s écologistes au Conseil de Paris

Léa Filoche, co-présidente du groupes des élu-e-s Génération-s au Conseil de Paris

Yves Contassot, président du groupe Alternative Écologiste, Sociale et Citoyenne à la Métropole du Grand Paris, co-président du groupes des élu-e-s Génération-s de Paris