Budget 2021 Développement économique : intervention de Frédéric Benhaim
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Avec un Budget 2021 en forte hausse, aucun doute, le Développement économique et l’Innovation sont bien votre priorité absolue, l’alpha et l’oméga de votre politique.

Année après année, depuis 5 ans, vous avez poursuivi – avec détermination et cohérence, cela au moins on peut vous le reconnaître – la même politique en la matière, défendant particulièrement les mêmes intérêts privés, les mêmes secteurs, dont la contribution à l’intérêt général est plus discutable malheureusement que l’impact négatif sur l’environnement, la biodiversité et les ressources naturelles.

Et puis la crise est arrivée. La crise, cela désigne, en médecine, “la manifestation brutale d’une maladie ou l’aggravation brusque d’un état chronique”. La crise que nous vivons est aux plans sanitaire, écologique et social la traduction des manquements, des limites et des écueils d’un modèle économique prédateur, qui épuise les Hommes et la planète.

La crise a aggravé les inégalités, fait basculer dans la précarité et ancré dans la pauvreté tant de nos concitoyen.nes, elle a mis une lumière tellement crue sur l’urgence climatique, la raréfaction des ressources et l’épuisement de écosystèmes, elle a tant mis en évidence notre fragilité dans le travail, elle a tant remis en question nos modes de consommation, que nous aurions pu imaginer (que nous avons espéré même), que vos certitudes seraient ébranlées et vos priorités enfin revisitées.

Il n’en est rien. 

La moitié du Plan de relance voté en juin – 640 M€ – et plus de 70 M€ à chaque commission permanente depuis avril ont été affectés au Développement économique et à l’Innovation, dans l’urgence et sans le niveau et la transparence d’informations légitimement attendus pour de telles subventions.

Rien dans votre vision, rien dans la structure de votre projet de Budget pour 2021, rien dans vos objectifs ne prend en compte, et à la hauteur des besoins, les enjeux transversaux majeurs auxquels nous sommes pourtant confrontés : enjeux écologiques, enjeux sociaux, enjeux territoriaux.

Votre stratégie économique, c’est tout simplement d’attendre que la crise passe et de reprendre les choses très exactement là où elles en étaient avant la crise. 

Pour vous, l’avenir, c’est juste – nous citons – de “relancer le tissu industriel et les filières touchées (aéronautique et automobile notamment)”. Comme si le modèle était indiscutablement le bon, comme s’il n’avait rien à voir avec la crise polymorphe que nous vivons.

Nous, nous pensons que votre vision économique – et donc du monde puisque vous le faites exclusivement reposer sur l’économie – est obsolète, destructrice et désincarnée. Pas une seule fois d’ailleurs vous ne dites le mot “humain”. 

Nous pensons donc qu’il faut se saisir de cette “crise” pour repenser profondément le tissu économique et industriel, l’accompagner dans sa transformation et sa transition écologiques et l’engager dans une voie vertueuse et soutenable, génératrice de bien-être humain, social et environnemental. C’est une vraie attente des citoyen.nes et – si c’est là un argument qui vous touche davantage – une vraie opportunité de développement économique.

Des outils existent, que nous avons déjà maintes fois proposé, que vous vous évertuez à ignorer : 

  • La conditionnalité, nous l’avons dit, non seulement mesure de bonne gestion de l’argent public, mais incitation forte à la mise en œuvre d’une démarche efficiente d’optimisation des actions en matière écologique, sociale, inclusive, d’égalité et de gouvernance démocratique ;
  • Le déploiement de l’Économie sociale et solidaire, de l’Économie circulaire, la relocalisaton et la revalorisation de certaines filières ;
  • La R&D, au service de la transition écologique et sociale.   

Votre annexe regorge de « technologie », de “smart”, d’”innovation”, d’”intelligence artificielle” et de “cybersécurité”. 

Les secteurs automobile, aéronautique, de la défense restent les grands bénéficiaires de votre politique et de vos aides. 

Sur ces activités éminemment polluantes, dont la reprise à l’identique est proprement incompatible avec les enjeux écologiques et sociaux, aucune leçon n’est tirée, aucune volonté de transformation n’est affichée…Sauf à miser sur l’intelligence artificielle, avec des acteurs comme Dassault, dans les seuls objectifs de maintien de « compétitivité” du secteur et de “souveraineté” de la région. 

Mais d’environnement, d’écologie, il n’est que si peu question…tout juste quelques mentions de forme, au même plan que “les investissements productifs et numériques”.

Quant à l’Économie sociale et solidaire…Nous saluons bien sûr les quelques hausses dont le secteur, enfin, bénéficie. Mais elles ressemblent bien plus à un alibi qu’à une ambition. Quelle augmentation timide…
600 000 € d’augmentation des AP pour le soutien à l’ESS, mais des CP en baisse. Côté fonctionnement et soutien aux acteurs, là aussi, 400 000 € de hausse. C’est dérisoire par rapport au potentiel de l’ESS, au nombre d’emplois déployés, aux vertus de ce secteur pour la cohésion sociale, pour les territoires.

Dans une telle période, qui démultiplie les effets d’un modèle économique mondialisé incontrôlable et destructeur, la ré-invention de notre économie, orientée vers le bien-être, la protection de l’environnement et de nos ressources et fondée sur une gouvernance démocratique, favorable aux droits sociaux, à l’égalité entre les femmes et les hommes, à l’inclusion. Pour cela, des leviers existent, des actions sont possibles, et la Région Ile-de-France a les moyens de les mettre en œuvre.

Ce projet de budget 2021 est un rendez-vous manqué.