Budget 2021 : intervention générale de Ghislaine Senée
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Madame la Présidente,
Monsieur le Vice-Président,
Monsieur le Président du Ceser,
Mes chers collègues,

Nous examinons aujourd’hui le dernier budget de la mandature. Un dernier budget que vous présentez dans des conditions particulières. Notre pays, et singulièrement notre région,  traversent en effet une crise sanitaire inédite, dont le corollaire est une crise économique et sociale majeure. 

Et évidemment j’ai une pensée particulière pour l’ensemble des Franciliennes et des Franciliens qui vont, après des mois très éprouvants déjà, vivre un hiver difficile, dans l’incertitude et l’inquiétude, confrontés pour certains à de graves difficultés financières, mais aussi à des complications morales et psychologiques. 

Notre rôle en tant que responsables politiques et citoyens, c’est de savoir prendre soin des autres. C’est ça « faire société ». Je pense que nous avons une responsabilité collective à faire en sorte que le débat politique s’apaise dans cet hémicycle et ne sombre pas dans l’invective collective et l’agressivité qui ne font qu’aggraver le caractère anxiogène de la période actuelle, abîmer notre institution, mais aussi un peu plus le vivre-ensemble.

Aussi, c’est dans cet état d’esprit que nous porterons et assumerons nos désaccords parfois profonds, et nous le ferons en donnant aux Francilien·nes des clés de compréhension pour un débat politique éclairé. La période est difficile pour toutes et tous, mais elle est moins difficile pour nous que pour d’autres.

Aussi, tentons collectivement de nous écouter et ce tout au long de ces 3 jours.

 

Madame la Présidente,

Une crise comme celle que nous traversons est un cruel révélateur pour les exécutifs au pouvoir. Le gouvernement n’a pas pu cacher longtemps son impréparation et ses choix coupables, notamment sur la gestion des masques ou sur les conséquences des politiques qui ont affaibli l’hôpital public, cœur de notre système de santé.

En Ile-de-France, cette crise a mis en exergue les fragilités de notre région. 

Des fragilités qui viennent aussi, nous le pensons, des insuffisances de votre mandat. Car ce dernier budget doit évidemment être jugé à l’aune de votre bilan.

Sur le plan démocratique déjà. Nous ne pouvons que regretter les dérives constatées tout au long de cette mandature. Votre pratique du pouvoir a totalement désorganisé l’institution régionale : rapports en retard, commissions bâclées et déconsidérées, multiplication de dispositifs doublons, réduction du temps de parole de l’opposition sont devenus la norme. 

L’hémicycle, lieu dont la vocation est de faire vivre la démocratie et le débat, n’est plus qu’une simple chambre d’enregistrement des décisions prises et déjà annoncées à la presse. Vos annonces anticipées telle la semaine dernière 1 milliard pour la santé alors que c’est demain seulement, que nous allons en débattre, en est un exemple. Ceci est pour nous l’expression d’un déni de démocratie avérée.

Les dysfonctionnements atteignent leur paroxysme quand lors de la dernière séance de la commission permanente, ce ne sont pas moins de 38 rapports qui sont présentés en urgence, et plus de 50 millions d’euros d’aides aux entreprises votés sans le niveau de transparence et d’information exigé et sans le contrôle démocratique légitimement attendu par les citoyens et les contribuables, dont c’est l’argent. 

Croyez bien que cela abîme et dévalorise une institution pour laquelle nous nous sommes engagés, il y a 5 ans, avec du cœur et des convictions. 

Durant ce mandat, vous avez appliqué avec zèle votre adage : rigueur économique. Budget d’austérité après budget d’austérité, le résultat, jusqu’en 2020, c’est un milliard de sous-investissement, et une baisse considérable des budgets de fonctionnement.

Il s’agit ni plus ni moins de la même recette que votre famille politique a d’ailleurs appliquée à l’hôpital public.

Or nous le répétons, en réduisant ces charges, de manière dogmatique, vous cassez le service public et sa capacité à faire face aux crises en cours.

En disant cela, notre groupe pense évidemment aux agents régionaux qui ont eu à faire leur travail dans des conditions extrêmement dégradées. La Région devrait être un employeur particulièrement exemplaire, d’autant plus dans cette période difficile pour tout un chacun. 

Vous le savez, nous avons un désaccord de fond avec les économies que vous revendiquez. Vous y voyez le dégagement de marge de manœuvre qui vous ont permis de financer un plan de relance. Nous y voyons un retard conséquent pris dans les politiques qui auraient permis à notre région d’anticiper et de mieux résister. 

Car comment le voir autrement ?

Vous avez détricoté le bouclier social régional. Vous avez abandonné le tissu associatif en généralisant le fonctionnement par appels à projets excluant de nombreuses structures de petite taille, notamment dans les secteurs de l’action sociale et de la culture. Ces mêmes structures qui ont été au premier plan pendant la crise, notamment dans les quartiers populaires quand il s’agissait de venir en aide aux plus démunis.

Dans les transports, vous n’avez pas tenu votre engagement de ne pas augmenter le pass navigo, et aujourd’hui vous accélérez la mise en concurrence sur le réseau alors même que nous entrons dans une incertitude financière inédite sur notre réseau de transports. Vous n’avez pas su renoncer et vous opposer au CDG Express, avec les conséquences que nous connaissons aujourd’hui sur les usagers du RER B.

Sur les grands projets en général, vous avez été à rebours du sens de l’histoire, n’osant jamais assumer, de peur de froisser les porteurs des Grands Projets Inutiles Imposés, vous opposer à Europacity ou au projet de Terminal 4 ou même au projet Calcia, alors que ces projets étaient complètement anachroniques. Je rends d’ailleurs hommage aux citoyens et associations réunis en collectifs, au temps passé, à l’expertise qu’ils ont acquise et diffusée, qui ont réussi à fédérer et mobiliser autour de l’opposition à ces projets.

La politique régionale en faveur du logement a été complètement abandonnée. Votre bilan, c’est 150 M€ en moins pour le logement social et l’abandon pur et simple de la ligne dédiée à la rénovation thermique pendant 4 ans.

Rendez-vous compte ! Vous annoncez aujourd’hui comme objectif de traiter la moitié du parc social d’ici 2024, or sachez, Mme la présidente, que si votre majorité n’avait pas détruit avec autant d’empressement ce qui existait, nous aurions aujourd’hui rénové l’ensemble des passoires thermiques du parc social en Ile-de-France. 

Autre bilan que vous devrez assumer, ce sont  les 180 millions d’euros dilapidés en deux ans dans des tablettes et ordinateurs, distribués massivement sans aucune distinction, alors même que de nombreux lycées demandaient à être rénovés et alors même que la Région était dans l’incapacité de donner les moyens aux agents des lycées de faire leur travail dans de bonnes conditions durant l’automne.

Vous nous annoncez cette année encore 1 euro sur deux dépensé en faveur de l’environnement. Et vous continuez à comptabiliser dans cet euro, les dépenses carbonées tel – pour ne citer que celle-ci – votre plan route. 

Nous y étions déjà l’an dernier, nous en concluons donc qu’aucun effort supplémentaire ne sera fait cette année. 

Vous avez été élue en 2015. Année de la COP 21. Le constat était déjà là, les solutions aussi. Qu’avez-vous fait en 5 ans pour que notre région se prépare à relever le défi posé à l’humanité pour le siècle qui vient ? Vous n’avez même pas réalisé le bilan du SRCAE en 2017, alors que c’est une obligation réglementaire. Vous avez refusé toutes nos propositions de budget carbone, outil pour connaître précisément l’impact de nos politiques régionales, et en mesurer les progrès. Mais cela n’aurait pas été à votre avantage.

Vous avez dévoyé le principe d’un budget participatif sous prétexte d’écologie pour assurer votre exécution budgétaire. On ne le rappellera jamais assez, mais, un budget participatif n’en n’est pas un dès lors que l’ensemble des projets sont financés, quels que soient les votes des Franciliens.

Vous avez organisé une COP régionale en septembre dernier sans aucun diagnostic carbone. Le dernier datant de 2007 ! Nous ne pouvons que regretter le fait que pendant que les intervenants échangeaient sur les solutions à apporter, vous étiez déjà en train de présenter vos propositions à la presse. Nous finissons donc ce mandat avec 192 propositions nouvelles pour l’Ile-de-France, alors que vous êtes à la tête de cette Région depuis 5 ans.

Ce budget 2021 est annoncé comme un budget offensif de combat. Un budget que vous qualifiez d’historique ! La période n’est pourtant pas aux injonctions martiales et exige un peu plus d’humilité.

Ce budget est un budget de façade qui sera vite remplacé par le prochain budget supplémentaire du prochain mandat. Comme le souligne justement le CESER, il aurait été plus opportun de le voter en début d’année, pour permettre une meilleure intégration des 1er éléments du CPER. C’est d’ailleurs incroyable et c’est là encore un déni de démocratie que de nous avoir transmis les rapports CPER, l’avenant du précédent CPER et l’accord de relance avec l’Etat, après le dépôt légal des amendements. 

En fait, ce budget ressemble beaucoup à celui de l’année dernière. Toujours les mêmes objectifs politiques. En 2021, vous anticipez sur une quasi stabilisation des recettes par rapport à 2020, année critique, mais vous affichez une baisse d’impôts et +5,5% de crédits de paiements d’investissement. Vous comptez encore baisser les dépenses de fonctionnement. Ah ça, la Région continuera d’investir plus que jamais grâce à l’austérité.

+5.5% en investissement, mais vous allez désinvestir dans le fonctionnement de la Région, dans la culture, les sports et loisirs, dans l’environnement et nous le verrons début 2021 dans les transports.

Et ce, au profit de quoi ? Comme si rien ne changeait, vous allez mettre les mêmes moyens au même endroit, c’est-à-dans l’attractivité économique. Et malheureusement celle qui favorise la concurrence, la prédation, l’exploitation sociale et l’accaparement des ressources, sans aucune régulation, sans aucune conditionnalité. Le budget dédié en investissement au développement économique va ainsi augmenter de 37 %. Vous allez continuer à subventionner le même modèle économique carboné sans chercher à accompagner la transition. Sans remettre en cause notre modèle de développement actuel, vous serez amenés sans cesse à remettre au pot et ce alors même que les emplois continuent de disparaitre. 

Il faut soutenir plus que jamais soutenir l’activité économique, mais celle qui répond aux enjeux d’aujourd’hui, celle qui favorise la valeur ajoutée et non le capital, celle qui développe l’emploi local, la coopération, l’économie décarbonée et circulaire, la formation et le maintien des compétences sur un territoire.

Voilà au-delà des chiffres, un budget illustre les priorités d’un exécutif. et nous voyons là que nos priorités ne sont décidément pas les mêmes.

Durant ces 3 jours, nous vous proposerons par voie d’amendements des propositions, certaines que vous connaissez, d’autres en lien avec la période difficile que nous vivons. Nous formulons le vœu, une fois encore, que vous puissiez accepter certaines de nos propositions, qui sont en phase avec vos nouveaux discours.