Budget 2021 Lycées : intervention de Bénédicte Monville
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Madame la Présidente,
Madame la Vice Présidente,
Mes cher(e)s collègues, 

Décidément, nous n’avons pas la même vision de l’éducation et par conséquent nous aurions évidemment fait des choix budgétaires différents des vôtres. Depuis que vous êtes arrivés à la tête de la région Ile-de-France, le moins que l’on puisse dire est que vous avez maltraité les lycées publics. Le soutien régional par lycéen a continuellement baissé passant de 207 euros en 2015 à 183 euros en 2020. Il remonte un peu cette année, parce que visiblement vous avez pris la mesure de la catastrophe que vous avez engrangée dans les lycées publics. 

Vous avez abandonné un plan d’investissement construit avec tous les acteurs au profit d’un plan d’urgence qui fait la part belle au capital privé. Vous avez privilégié les partenariats publics-privés et les marchés globaux de performance, c’est-à-dire qu’en fait vous avez vendu les marchés publics à des entreprises qui réalisent chaque année des profits considérablement alors que les inégalités n’ont jamais été si profondes dans notre région.

Et même là, quand il s’agit de construire des lycées neufs, vous avez privilégié les territoires de l’ouest francilien qui sont aussi les territoires les plus riches. La baisse de dotation de solidarité a été constante tandis que vous établissiez un budget d’autonomie de 10 000 euros par lycée quelque soit les effectifs ou les difficultés de ce lycée. Vous avez même étendu ce dispositif aux lycées privés sous contrat. Votre politique n’est pas simplement aveugle aux inégalités, elle les encourage. 

Je veux m’arrêter un moment sur le sort des agents. 8 682 agents pour 522 000 lycéens et 459 lycées publics. Ils et elles assurent le service de cantine, nettoient les lycées et accomplissent les travaux quotidiens. Des tâches dont on a pu mesurer pendant cette crise sanitaire toute l’importance et qui ont été alourdis par les mesures sanitaires. Un métier indispensable à notre métier, pourtant vous n’avez pas su rendre attractif ce métier. Au contraire, vous l’avez rendu plus pénible par vos politiques de réduction de la dépense publique, vous avez entretenu le sous-effectif. Pourtant beaucoup de ces agents sont âgés. La moyenne d’âge des agents dans les lycées aujourd’hui est de 52 ans. Ces femmes et ces hommes mériteraient au contraire toute la considération de notre collectivité, une reconnaissance à la mesure du service qu’ils nous rendent. Ils manquent 900 agents d’après les syndicats. Un manque que vous voudriez combler en recourant à l’intérim, ajoutant à la pénibilité du travail la précarité. D’ici 2022, 25% des agents devront être remplacés et vous n’avez rien fait pour anticiper une situation qui risque de devenir critique dans les établissements franciliens. 

Même quand vous prenez une mesure qui pourrait sembler favorable aux lycées publics comme la distribution d’un ordinateur à chaque élève, un investissement de 180 millions d’euros, l’absence de critères sociaux et votre soutien à la itech traduisent des choix politiques qui sont contradictoires avec l’intérêt général. Vous avez donc distribué à chaque lycéen, y compris à ceux qui n’en avaient pas besoin, un ordinateur, indifférente à l’équipement numérique des lycées par ailleurs très inégal. Vous subventionnez et encouragez une entreprise numérique qui pratique le dumping social, l’extractivisme et la consommation d’énergie.

Nous aurions évidemment fait un choix différent du vôtre. Nous aurions privilégié l’émergence d’une low-tech, locale et innovante qui diminue notre dépendance aux matières premières très chères écologiquement et socialement, et diminue également notre dépendance aux GAFAM. Vous vous enorgueillissez, aujourd’hui, car à la fin de votre mandat vous aurez déployé la wifi dans tous les lycées publics plutôt qu’un réseau filaire efficace, qui prévient la multiplication des ondes dans l’environnement d’adolescents qui n’ont pas encore achevé leur croissance. Là encore c’est un choix que nous avons combattu, que nous avons contesté, comme celui sans doute le fil rouge de votre politique d’éducation qui a consisté à rétablir les aides non obligatoires aux lycées privés sous contrat, essentiellement confessionnel il faut le dire, et institué de nouvelles aides. Vous prétendez qu’en encourageant les stratégies d’évitement de l’école publique de familles modestes, qui souhaitent garantir le meilleur avenir possible à leur enfant, vous vous souciez d’égalité, mais pourquoi ne donnez-vous pas cet argent aux lycées publics qui en manquent cruellement pour que ces familles n’aient plus aucune raison de ne pas y scolariser leur enfant. Cette politique n’est pas favorable aux familles évidemment, qui pourraient bénéficier de bons lycées publics si vous y mettiez les moyens. Par contre, elle assure une rente de situation aux établissements privés. 

Pour cette seule année votre budget accorde 10 millions d’euros en autorisations de programme pour la rénovation et la sécurisation, aide que vous avez institués aux lycées privés sous-contrat, alors qu’un tiers des lycées publics ont besoin d’une aide substantielle et je ne parle pas du manque d’agents, je l’ai déjà dit.

Votre vision de l’école est cruellement inégalitaire et marchande. Dans votre monde, il faut pouvoir payer pour accéder à une éducation de qualité. Seules les familles aisées pourront ainsi obtenir ces titres de noblesse culturels gardés soigneusement hors de portée des classes populaires qui vous garantissent une place parmi les dominants. 

La gestion du décrochage scolaire a été externalisée et confiée à une plateforme téléphonique. Vous avez fait d’une difficulté majeure, et d’abord pour les décrocheurs-ses, un marché là-encore et vous promettez le même sort à l’orientation. 

Les lycées sont pourtant une grosse responsabilité régionale. Ils auraient pu constituer un levier extraordinaire pour impulser la transition écologique de notre région. A travers une politique de rénovation ambitieuse et de déploiement du bio à la cantine par exemple. Ils auraient pu créer les conditions de l’émergence et de la pérennisation d’une agriculture vivrière et biologique en Ile-de-France où d’une filière du bâtiment locale et durable. Mais vos choix ont été différents. Les politiques publiques régionales en faveur de la lutte contre les discriminations dans les établissements scolaires ont été également réduites comme peau de chagrin par votre majorité. Décidément, Madame la Présidente, nous n’avons pas du tout la même idée de ce que doit être une politique régionale d’éducation et nous n’aurions pas du tout fait les mêmes choix que vous.