Budget soi-disant supplémentaire 2020 – Intervention de Benoit Hamon lors du Conseil régional du 11 juin 2020 PARTAGER
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Madame la Présidente,

Je reviendrais brièvement sur la réponse à court terme que vous avez faite à l’occasion de cette crise. Personne ne vous reprochera d’avoir vous-même improvisée, vous l’avez d’ailleurs sûrement mieux fait que l’Etat dont il faudra que nous constations tous qu’il a essentiellement agi par une réponse à la crise sanitaire dictée par la pénurie de lits et de masques qu’il avait lui même organisé ; ce qui explique qui l’ait largement échoué à répondre aux besoins fondamentaux des Français. Vous avez agi, on aurait pas eu la même méthode, mais fondamentalement ce n’est pas votre réponse à court terme que nous voulons critiquez.

Nous critiquerons donc, en étant le plus constructifs possible et en proposant une alternative au statu quo qui est celui que vous nous proposez par ce budget supplémentaire. Vous ne cherchez qu’à reprendre ou relancer la machine là où elle s’est arrêtée avant la crise du Covid-19. Puisque c’est un moment politique important, je voudrais revenir sur les origines de cette crise sanitaire. Est-ce une crise écologique qui est à l’origine de cette crise sanitaire ? Si la réponse est oui, comment répondons-nous à la crise écologique, puis à la crise économique, puis à la crise sociale et enfin à la crise politique ? Nous voulons nous interroger sur le sens, la portée et les conséquences de cette crise.

Pour cela je voudrais revenir sur les trois étymologies du mot crise. Crise, peut trouver son origine dans le latin crisis, qui renvoie à une affliction, à la maladie, à un assaut, au sens où on s’interroge sur ce qui est malade dans nos sociétés. La crise sanitaire procède fondamentalement aujourd’hui d’une zoonose, c’est à dire, un virus qui est passé de l’animal à l’Homme en raison de la destruction de son habitat naturel et de ce qui est une politique, un modèle économique productiviste, capitaliste qui est entrain de remettre en cause les conditions d’existence de la biodiversité sur la planète, et celles de l’Humanité au passage.

L’origine de cette crise c’est aussi l’échec des politiques libérales, qu’elles soient néo-libérales ou sociales libérales, peu importe. Elles ont fait des moyens de l’Etat providence et de ses compétences une variable d’ajustement, au point que l’on constate qu’il n’y avait plus assez de lit de réanimation, ni même les compétences au sommet de l’Etat pour gérer cette crise, ce qui pose aujourd’hui un gros problème. Nous avons donc une crise de l’Etat providence et une crise écologique qui expliquent la situation dans laquelle nous sommes.

Mais crise c’est aussi en grec, le moment du choix, de la décision, et nous regrettons qu’à travers cette proposition de budget, que vous et votre majorité, vous manquiez d’autorité sur le cours des choses, que vous ne soyez pas en capacité d’affirmer une autorité pour modifier infléchir le cours des choses, en mettant en place un budget supplémentaire qui ne vise qu’à rétablir la situation, celle que nous connaissions avant la crise sans tirer les conséquences de cette crise. C’est la raison pour laquelle je vous invite à réfléchir au 3e sens de la crise, qui en hébreux, renvoie à un mot qui veut dire à la fois crise mais aussi « planche de naissance ». En clair la crise invite à se pencher sur le nouveau monde qui va émerger. Et à essayer de penser ce que sera l’après crise.

La maladie, la décision, la naissance d’un nouveau modèle, sur ces 3 aspects de la crise nous pensons que le budget supplémentaire et le modèle que vous nous proposez passe à fondamentalement à côté des principaux enjeux.

C’est la raison pour laquelle nous allons vous proposer une alternative à ce statu quo jugeant que nous ne pouvons pas décemment aux yeux des franciliens et de leurs intérêts leur proposer les mêmes équilibres qu’auparavant sachant que cette crise a révélé tout particulièrement un certain nombre des inégalités et des fractures sociales profondes qui existaient en Ile-De-France. Elle a révélé des déséquilibres puissants qui méritent d’être corrigés, corrigés par l’action de la région, même si reconnaissons le vous n’êtes pas la seule à agir, mais la région a un rôle tout à fait décisif à jouer.

Les 3 points sur lesquels nous allons proposer des amendements sont les suivants.

D’abord la question de la transition écologique. Pardon de vous le dire mais vous évoquez dans ce budget supplémentaire les moyens nouveaux utilisés pour faire face à la crise vous en comptabilisez 592 millions, nous n’arrivons qu’à 460 millions. Mais surtout quand nous regardons la ventilation de ces crédits, 322 millions vont au soutien économique, très bien, il le faut. Mais 1 million d’euros à l’environnement et à l’écologie et 3 millions d’euros nouveaux à la question agricole. 45 millions à la question sociale. En clair, vos priorités sont affichées. Et elles sont d’autant plus affichées que nous constatons qu’au moment de penser la relance économique de la région, vous ne posez aucune espèce de conditionnalité à la distribution de moyens supplémentaires aux entreprises, comme si, il n’y avait pas de capacité de la région à infléchir, à corriger ce qu’est notre modèle économique au profit d’un modèle qui soit beaucoup plus favorable à la lutte contre la pollution, aux nuisances, qui soit favorable aux énergies renouvelables. Bref, l’argent public au service de la transformation de notre modèle de développement.

Nous regrettons de la même manière que vous ne mettiez pas davantage d’argent dans la rénovation thermique des logements. Le logement en IDF, c’est une question centrale, sociale. Qui a pu observer les conséquences du confinement dans des logements insalubres, exigus, surpeuplés, qui a pu voir cela peut mesurer aujourd’hui ce qu’est la réalité des inégalités sociales dans ce territoire. La conférence citoyenne sur le climat a estimé qu’il fallait rénover 20 millions de logements. A la clé il y a une baisse des factures, une baisse des émissions de gaz à effet de serre, et la création de plusieurs milliers d’emploi. Nous regrettons que l’IDF ne prenne pas ce virage.

Nous regrettons sur les questions écologiques que vous ne posiez pas la question de la souveraineté et l’autonomie alimentaire de l’Ile-de-France. Les questions de souveraineté sont importantes, on l’a vu pendant cette crise sanitaire, la question alimentaire le sera tout autant comme l’accès du bio au plus grand nombre et notamment dès le plus jeune âge dans les cantines scolaires.

La question sociale ensuite. Nous vous ferons des propositions dans un amendement pour que la région comble un certain nombre de trous dans la raquette de la réponse de l’Etat, comme le chômage partiel qui n’a pas concerné les indépendants, ou des CDD d’usage. Nous vous proposerons qu’on plaide à la région pour une extension du RSA aux 18-25 ans avec une automatisation de cette mesure.

Plus généralement, dans le modèle de santé que nous souhaitons, puisqu’il faudra faire davantage de prévention demain, nous vous proposons d’encourager la démarchandisation de la santé, notamment l’émergence d’acteurs de santé qui soient non lucratif. Pour mémoire, le plus grand laboratoire pharmaceutique Français est en Ile-de-France, il est non lucratif, il est en Economie Sociale et Solidaire. Ce qui prouve qu’on peut faire de l’ESS et de la recherche de pointe.

Dernier point, nous regrettons que ce budget supplémentaire ne soit pas un instrument au service des territoires de façon à lutter en faveur de celles et ceux qui sont les délaissés, en Seine-et-Marne, en Seine-Saint-Denis, et qui aujourd’hui souffrent le plus des conséquences de cette crise en matière d’inégalités sociales comme de décrochage scolaire.