Budget soi-disant supplémentaire 2020 – Intervention de Julien Bayou lors du Conseil régional du 11 juin 2020
Partager

Sans surprise nous voterons contre ce budget.

J’ai en mémoire les quelques mots de Bruno Latour : « Si on ne profite pas de cette situation incroyable pour changer, alors c’est gâcher une crise ». Vous faites avec ce budget soi-disant supplémentaire comme ce que votre famille politique avait fait avec le budget post-2008 : un immense gâchis. Un immense gâchis qui augmente la dette sans rien corriger de toutes les défaillances, toutes les faiblesses, toutes les failles, toutes les impasses, toutes les injustices de notre soi-disant modèle actuel.

Et selon la méthode assez fascinante des Shadoks, plus ça rate plus on de chances que peut être un jour ça marche. Vous ne tirez aucune leçon de cette crise : crise écologique qui devient sanitaire et se développe désormais en crise économique et sociale. Et vous, vous ne mettez aucune espèce de condition, ni sociale, ni environnementale, ni territoriale à votre soi-disant budget supplémentaire. Cette crise représente un crash test, et nous avons toutes les raisons d’être inquiets, parce que ce crash test est raté. Il est raté au niveau national et raté au niveau régional où on a eu l’impression que l’enjeu principal, excusez-moi, mais c’était d’être visible. Pour les prochaines crises, nous ne prenons pas le chemin de la réponse nécessaire.

Quand je parle de prochaine crise, il s’agit de la potentielle résurgence de cette épidémie, des prochaines épidémies éventuellement liées à la crise écologique, à la prédation du vivant, ou des prochaines crises, liées à l’alimentation, au manque d’eau, aux questions énergétiques et bien sûr au climat. Donc avec Benoît Hamon ou avec Ghislaine Senée, avec tout le groupe, nous vous proposions de prendre en compte d’abord la question sanitaire, la lutte contre les déserts médicaux, là où il n’y a pas d’offre, comme en grande couronne ou là où il y a une offre, mais hors de prix, comme autour de Paris : et rien.

On vous proposait de soutenir un plan alimentation, ou en tout cas on aurait aimé pouvoir le défendre, parce que qui peut dire qu’il n’y a pas d’enjeu majeur, dans la crise, sur l’accès à l’alimentation pour faire face à la faim qui monte dans les quartiers populaires. Pour sécuriser l’autonomie alimentaire alors que l’Île-de-France ne dispose que de trois jours de réserve : rien.

J’aurais aimé pouvoir vous proposer d’agir massivement contre le décrochage scolaire mais dix secondes apparemment c’était trop pour défendre un amendement et qui peut croire encore qu’une énième campagne d’appels téléphonique soit nécessaire. Ça ne fonctionne pas en temps normal donc évidemment ça ne suffit pas en temps de crise. On vous proposait de lutter contre la précarité en prenant enfin position pour l’automatisation des minima sociaux, pour l’ouverture des droits aux 18-25 ans : vous n’avez même pas daigné répondre, à part… je crois que je n’ai pas très bien compris votre réponse, je crois que c’était non.

Et nous vous proposions enfin d’agir pour la transition écologique dans la justice sociale et la réponse, là encore, est indigente. Il nous reviendra, dans les prochains mois, de proposer, de construire une véritable alternative écologiste et sociale, mais dans l’attente, nous voterons contre votre budget soi-disant supplémentaire, soi-disant social, soi-disant écolo, qui ne répond à aucune des grandes questions que la crise soulève et provoque. Merci à vous.