Commission permanente du 27 mai 2020 : intervention de Hella Kribi-Romdhane sur la Plateforme pour l’emploi du Conseil régional
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Monsieur le vice-président

vous nous proposez, et cela devient coutumier, de voter la création d’une plateforme numérique qui existe déjà. Avec de nobles intentions sur le papier : permettre aux jeunes et aux demandeurs·ses d’emploi de trouver une activité professionnelle malgré la crise sanitaire, et ainsi, alors que de plus en plus de francilien·nes tombent dans la précarité, sortir la tête de l’eau.

Dans un souci de professionnalisme, nous sommes allés nous-même mener l’expérience, comme le ferait tout·e demandeur·se  d’emploi ou étudiant·e francilien·ne, et nous nous sommes inscrits sur la plateforme.

Nous inscrivons nos critères, nos secteurs de recherches, et là, surprise : aucun résultat ! N’y aurait-il pas d’emploi en IDF, contrairement à ce que vous affirmez, monsieur le VP ? Qu’à cela ne tienne, la plateforme nous redirige alors vers les annonces d’emploi du site « le Bon Coin », où nous sommes supposés trouver notre bonheur. Si c’est pour soumettre au vote une coquille vide, hébergée par un acteur privé, vous auriez pu vous épargner cet effort et partager un simple lien vers leboncoin.fr.

Mais ne nous démotivons pas : en suivant les recommandations de la plateforme, nous nous inscrivons sur Staff me, plateforme censée aider les étudiant-es à trouver les petits boulots nécessaires au financement de leurs études. La plateforme combine en réalité les défauts de proposer des missions précaires, sans protections, ni cotisation sociale… des choses probablement has-been dans le nouveau smart-monde de l’exécutif régional ! La promotion d’un modèle de société mortifère par la puissance publique, alors que 30 000 nouvelles personnes se sont inscrites à pôle emploi rien qu’au mois de mars.

Alors nous nous demandons : c’est à cela que vous destinez la génération qui vient ? Au précariat ? A une subsistance financière précaire, incertaine, faite de petits boulots glanés çà et là sans assurance de pouvoir se loger, se nourrir, se distraire demain ?

Si c’est la précarité étudiante que vous souhaitez endiguer, et bien ne soignez pas le mal par le mal. Nous attendons toujours un véritable fond régional pour les personnes précaires et fragilisées par la crise du Covid-19. Si c’est la valeur du travail que vous souhaitez inculquer aux jeunes, vous leur enseignerez surtout la galère, le sentiment d’être corvéable et remplaçable au loisir, bref, les compétences nécessaires pour être un bon salarié uberisé.