Compte administratif 2019 : Intervention d’Anne-Claire Jarry-Bouabid en séance du 11 juin 2020
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Madame la présidente, monsieur le vice-président,

Le compte administratif est une photographie financière de l’activité de notre collectivité. Mais année après année les clichés de l’album photo régional se  ternissent.

Cela démarrait pourtant bien : comme l’année dernière, nos recettes ont augmenté, vous l’avez indiqué, bien au-delà de vos espérances. + 235 millions d’euros.

Je le rappelle, nous n’avons que très peu de prise sur ces recettes, avec une fiscalité constituée d’impôts et taxes établis en contradiction avec des politiques publiques régionales qui pourraient permettre de réduire la pollution, de ne plus construire autant de bureaux, de penser un futur plus désirable. Nous ne rencontrerons de véritables problèmes de recettes qu’en 2021, à l’inverse d’IDFM, cela a été mentionné ce matin, dont le financement est assis sur un versement pensé pour ne faire se déplacer que les travailleurs. Ce financement n’est plus assuré et se trouve décalé par rapport au monde de crise et numérique au sein duquel les mobilités doivent être repensées.

De l’autre côté, vous poursuivez votre baisse dogmatique des dépenses de fonctionnement. C’est devenu pour vous une « nécessité », un cap, un horizon indépassable. A tel point qu’il y a peu vous souhaitiez pouvoir basculer des dépenses de fonctionnement en investissement. Vous savez bien en fait que la frontière entre les deux peut s’avérer perméable selon par exemple que l’on choisit d’investir ou non dans le capital humain. Ce qui compte pour les Franciliens ce sont les politiques publiques.

Si je m’en réfère à l’équilibre financier présenté dans votre rapport, cela vous permet en 2019 d’atteindre des taux d’épargne brut de 38,2 % et net de 26,7 %. Je vous le demande madame la présidente : n’est-ce pas un peu trop élevé ? Vous atteignez même un taux d’autofinancement de l’investissement qui dépasse les 100 % ! Vous mettez en exergue vos taux d’exécution des dépenses mais celles-ci ne sont plus du tout à la hauteur de vos recettes. A ce rythme, nous dépenserons bientôt autant que la région Auvergne-Rhône Alpes !

Dégager autant de bénéfices lorsqu’on est une grande collectivité publique ne nous semble pas normal. Vous faites des économies sur le dos des politiques publiques à destination des franciliens alors que vous constatez vous-même dans le voeu présenté par votre groupe aujourd’hui, que la situation n’est pas idyllique – loin de là – pour nombre de familles dans les quartiers populaires.

Vous nous reprochez souvent de dire que l’Ile-de-France est la première région en termes d’inégalités. Mais qu’avez-vous fait ? Obnubilée par l’attractivité de notre région pour les traders polyglottes de la city, vous avez ces dernières années oublié les « vôtres » et sacrifié la politique de la ville, alors que nous avons besoin d’une région véritablement solidaire. Vous avez été très peu ambitieuse en matière de logement et ne vous êtes engagée que très tardivement dans la rénovation des passoires thermiques.

Ces derniers mois nous l’ont montré, les étudiants, les apprentis, les jeunes des quartiers populaires souffrent. Ils peinent à se nourrir, à se loger. Les associations manquent de moyens.

Pourquoi rembourser alors 100 millions d’emprunt en 2019 ? pourquoi n’emprunter que 200 millions alors que vous en aviez budgété 709 au budget primitif ? Pour pouvoir afficher une capacité de désendettement trois fois inférieure au plafond national de référence ? Alors que vous annoncez en même temps près d’un milliard d’emprunt en budget supplémentaire 2020 ? Où est la cohérence ? Il est vrai que vous ne pouvez plus compter sur les fonds européens, qui ont cette fois littéralement fondu.

Vous communiquez beaucoup mais tout cela donne le sentiment que vous n’avez finalement pas de vision pour notre région. Vous ne préparez pas l’avenir (ou bien peut-être le vôtre). Votre stratégie est purement comptable et court termiste. Vous supprimez chaque année 50 postes à la région et érigez l’externalisation (des plateformes, de l’accueil, de la construction de lycées) en totem indépassable de la gestion publique, oui madame Lecouturier un totem, une sorte de totem de l’immunité. En ça vous participez à la privatisation des biens communs. Nous assistons en fait au démantèlement du service public régional alors que nous devons être des bâtisseurs d’avenir.

Je crains que notre institution ne se résume bientôt plus qu’à un site internet ou plutôt une myriade de plateformes, qui renverront vers de nombreux acteurs privés pour exercer à la place de la région les missions de service public qui lui étaient dévolues. Nous ne sommes pas contre le numérique, loin de là, mais je vous le demande Mme La Présidente, expliquez-nous votre stratégie numérique… si elle existe vraiment.

Je voudrais comme l’année dernière terminer sur une note peut-être plus positive : nous saluons la démarche d’évaluation des politiques publiques initiée par Stéphane Salini et d’ores et déjà lancée par les équipes de la région. Elle nous permettra de mesurer l’efficacité de l’action régionale en matière économique, sociale et environnementale et pourrait s’enrichir de « marqueurs », pour évaluer son impact sur la lutte contre les discriminations et pour l’égalité femmes-hommes.

Vous l’aurez compris, nous voterons contre votre compte administratif.