Conseil régional du 19 novembre : présentation des orientations budgétaires 2021
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Madame la présidente, Monsieur le vice-président, 

Vous nous présentez aujourd’hui les dernières orientations budgétaires de votre mandature.

Moment important s’il en est pour l’Institution régionale, 5 ans après votre prise de fonction et alors que le monde est intégralement bouleversé, avec une crise qui appelle à la remise en question, à la résilience, à l’ambition.

D’abord je voudrais avoir un mot pour les agents de notre institution : vous avez remplacé des postes d’agents titulaires par des contractuels, bloquant ainsi les carrières de ceux qui avaient fait le choix de consacrer leur vie professionnelle à la région.

Les premiers de corvées notamment dans nos lycées se retrouvent bien seuls. Et le recours à l’intérim, que vous érigez en solution absolue, ne permettra pas d’inventer les « lycées de demain », qui méritent mieux que la précarisation de ceux qui y travaillent.

Si nous avons toujours salué la mise en place du télétravail à la région, alors que des grands groupes et administrations ne respectent pas les consignes gouvernementales, cela ne saurait cacher la souffrance au travail. Les syndicats – dont vous diminuez les crédits – jouent un rôle essentiel dans la prévention des risques en ces temps difficiles. 

Le Fonds Monétaire International rappelait récemment à propos de la France : “Les perturbations économiques dues à la pandémie offrent l’occasion de réorienter l’économie française, d’une reprise vers des objectifs à long terme d’atténuation du changement climatique et une meilleure protection des groupes les plus vulnérables de la société (comme les jeunes et les travailleurs moins qualifiés). »

Nous pensons que la crise devrait servir de sursaut collectif. Nul ne doit vivre en Ile-de-France en y étant relégué, d’un point de vue économique, social, spatial, sanitaire ou environnemental.

Nous, écologistes, sommes convaincus que les régions sont le bon échelon pour planifier, investir, préparer l’avenir, réduire les inégalités.

Nous souhaitons que l’Ile-de-France avec ses territoires différents mais complémentaires, soit une région à la pointe en matière de lutte contre le réchauffement climatique et du respect de la nature et du vivant. Une région où l’on puisse vivre sainement, dignement et où le lien social soit une priorité. Nous souhaitons une Ile-de-France qui ne laisse personne au bord du chemin.

Pourtant, 5 ans après votre élection, quel constat amer.

La mobilité de tous est à l’arrêt. Alors que vous promettiez une révolution des transports, les Franciliennes et Franciliens ont droit à des infrastructures vieillissantes et non rénovées, à des retards et annulations persistants, sur les RER notamment, à des projets inutiles et onéreux comme le CDG Express. Et je ne parle pas de l’augmentation du prix du pass navigo dès votre arrivée malgré votre promesse de campagne…

5 ans après, où est la solidarité ? Fin des emplois tremplins et du soutien à l’ESS, baisse continue des Dotations Globales de Fonctionnement des Lycées et économies sur la maintenance, sur l’entretien, sur le bien-être des élèves, des équipes éducatives, des agents, baisse du soutien aux missions locales et aux associations dont le maillage est pourtant si précieux pour la cohésion sociale, politique du logement insuffisante et excluante… Vous avez préféré le bouclier de sécurité au bouclier social.

5 ans après, la région ne se préoccupe toujours pas du climat. Vous avez fait une COP régionale en septembre dernier, avec de grands acteurs du CAC 40, où nous avons entendu parler de la couleur de l’hydrogène, mais quels actes forts avez-vous pris en faveur de l’écologie pendant ce mandat ? Absence d’objectifs Bilan Carbone, financement d’entreprises polluantes et de projets écocides, abandon d’acteurs clé de la transition agricole, promotion de la voiture et du tout routier, réintroduction tardive des crédits alloués à la rénovation thermique que vous vous étiez empressée de supprimer… Les acteurs d’un développement plus respectueux de l’homme et de la nature ont été sacrifiés sur l’autel de la défense d’intérêts particuliers, au premier rang desquels les chasseurs.

5 ans après, le constat est sans appel : vous avez avivé les tensions au lieu de les apaiser.

Vous avez détruit les dispositifs garants de cohésion sociale, de solidarité, de réussite éducative, de formation et d’emploi pérennes. Vous avez ignoré les enjeux de développement durable et la protection de l’environnement, de développement équilibré et apaisé du territoire.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

  • Par vos choix budgétaires tout d’abord. Vous avez depuis 5 ans suivi une logique mortifère d’économies, d’extrême prudence budgétaire, dans laquelle taux d’épargne brute et capacités d’autofinancement élevés sont devenus un horizon indépassable. Cette logique gestionnaire ne vous a pas permis d’engager notre région sur les chemins de l’avenir.
  • Par des raisons « idéologiques » ensuite. Vous avez constamment cherché à favoriser le privé et votre électorat, et méprisé le secteur public et l’intérêt général. 

Vous avez œuvré pour les grands acteurs économiques sans leur demander la moindre contrepartie ou engagement. Vous avez délaissé les plus petits, qui ne sont pas têtes de réseau et proposent d’autres modèles que le vôtre.

Vous n’avez cessé de scander le mot « attractivité », tel un mantra, au détriment de la proximité.  

  • Par vos méthodes et votre manière d’exercer le pouvoir enfin. 

Nous entendons en effet à chaque séance : erratum, erreur matérielle, amendement de l’exécutif, rapports en urgence. La manière dont nous avons travaillé ces dernières semaines, au-delà des perturbations que nous acceptons liées au COVID, sont caractéristiques de votre manière d’agir : dans l’urgence, au coup par coup, souvent à la recherche d’un bon article de presse, en mettant les services sous pression. 

Après avoir diminué les crédits de fonctionnement de notre institution, vous vous trouvez bien démunie pour faire face aux défis. Vous gérez à coup de transferts de lignes budgétaires, les financiers s’évertuant à racler les « fonds de tiroir » comme l’a récemment rappelé l’une de vos vice-présidentes.

Nous voilà bien loin de la remise en question, de la résilience, de l’ambition qui appelaient des orientations budgétaires pour 2021 à la hauteur des enjeux, avec : 

  • Un investissement massif dans les transports et la multimodalité et pour la rénovation et l’entretien des lycées.
  • La mise en oeuvre d’un véritable Small business act en faveur des entreprises locales et des acteurs de l’économie sociale et solidaire.
  • La soumission des aides financières de la région à des conditionnalités économiques, sociales et environnementales.
  • Le soutien aux associations de nos territoires et l’accompagnement renforcé des publics fragilisés par la crise.
  • La préparation des métiers de la transition et le soutien à la reconversion de ceux amenés à disparaître.
  • L’engagement à devenir une biorégion.
  • Les moyens d’une véritable transition digitale des acteurs dans le cadre d’un numérique responsable et démocratique.

5 ans après, nous pensons que notre Région est fracturée, et nous avons l’ambition de vouloir la réparer. 

Vous promettez et communiquez beaucoup, vous lancez de nombreux appels à projets, mais vous saupoudrez et réalisez peu. Ces orientations budgétaires ne permettront pas de rattraper le retard accumulé, car derrière les grandes formules des actes 1, 2 et 3 de la relance, vous poursuivez la même route.

Une route que la moitié des Franciliens n’a apparemment pas envie d’emprunter, puisque 54 % d’entre eux déclarent vouloir quitter la Région.

Nous, écologistes, saurons leur donner l’envie d’y rester.

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