Intervention d’Anne-Claire Jarry-Bouabid à propos du déménagement de la Région Île-de-France
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Madame la Présidente, madame la Vice-Présidente,

On passe dans cette collectivité de nombreux marchés, les élus qui siègent de longues heures en CAO le savent mais pour l’un des chantiers majeurs de votre mandature, vous avez préféré vous baser sur l’étude d’un cabinet pour choisir le lieu de notre nouveau siège régional d’ailleurs pas le mieux noté. C’est ce même cabinet que vous avez re-sollicité (alors que vous avez soufflé à la presse la semaine dernière qu’il y aurait « plusieurs » études).

Nous devons dans les 3 mois de la prise à bail d’Influence 2 choisir de lever ou non l’option d’achat (d’un bâtiment dans lequel nous ne sommes d’ailleurs toujours pas installés) : le cabinet Colliers nous propose de renoncer à l’acheter à 145 millions d’euros hors taxes pour que Neximmo puisse le vendre à 211. Avouez que cela peut paraître étrange. Vous justifiez ce choix en mentionnant qu’il est positif pour notre région de récupérer à travers une indemnité transactionnelle une partie du surplus de plus-value (que Neximmo n’aurait pas eue en nous vendant le bien) de 20,2 millions d’euros.

Permettez-nous de nous interroger sur l’intérêt de ne pas acheter aujourd’hui même pour revendre plus tard. Vous aviez pourtant bien négocié ce prix de 145 millions ainsi que des franchises de loyers sur plus de 18 mois. Qu’ont à gagner les franciliens à payer des loyers pendant au moins 10 ans (période incompressible du bail) – même si le deal vous permet d’augmenter les franchises pour arriver à 3 années sans loyer – pour ensuite sans doute devoir partir comme le suggère Colliers dans son étude ? Je cite :

« Au terme du bail, la Région sera en position de force pour renégocier les conditions de son bail si ses besoins sont toujours satisfaits par l’immeuble Influence 2 et elle gardera la possibilité de rechercher, le cas échéant, tout autre site plus adapté à ses besoins en 2031 ». Je vous pose la question : si nous sommes réélus et réélus, reviendrons-nous à Babylone ?

Nous n’avons toujours pas compris votre stratégie patrimoniale. Vous louez, vous sous-louez, vous vendez… mais pas tout. Vous choisissez de ne pas vendre la vitrine au cœur de Paris, Barbet-de-Jouy – dont depuis le départ nous nous doutions que vous ne vouliez pas vous en défaire – pour y loger des organismes que vous jugez sans doute plus prestigieux que d’autres positionnés sur plusieurs sites au-delà du périphérique. Saint-Ouen ne serait pas assez attractif ni à la hauteur en terme d’image pour accueillir Paris Région Entreprises et le CRT dans une zone pourtant très dynamique ? Ceci constitue un très mauvais symbole.

Une collectivité locale n’est pas spécialiste de la gestion immobilière et si elle se doit de gérer au mieux son patrimoine, sa première mission n’est pas de faire des plus-values à court terme. Elle doit réfléchir au temps long. C’est précisément ce que vous n’avez pas fait en commandant l’étude à Colliers qui n’a pas réalisé de scénario de vente au-delà de 12 ans. Vous qui voyez notre région comme une entreprise vous n’êtes pas sans savoir qu’aucun bâtiment immobilier ne s’amortit sur 12 ans.

Les projets d’investissement d’une collectivité se planifient au-delà de la durée d’un bail. L’aménagement de l’hémicycle et de l’accueil sécurité à Influence 2 en sont la meilleure preuve. La technique de la VAN (valeur actuelle nette) limitée sur la seule période du contrat ne correspond pas à la réalité des collectivités territoriales. Ramenée sur 20 ou 25 ans la VAN serait vraisemblablement nettement plus favorable que dans le cas présenté par l’exécutif. Tout ça est tellement peu sérieux que vous n’évoquez même pas la TVA qui pourrait être récupérée par la région en cas d’achat et qui change considérablement la donne.

Vous n’avez par ailleurs pas considéré le projet dans son ensemble puisque vous omettez d’évoquer influence 1. Vous laissez le choix empoisonné aux suivants de décider entre le 1eravril et le 30 juin 2021 (calendrier très adapté) si nous devenons propriétaires pour 245 millions de la moitié du siège de l’autre côté de la passerelle ?

Sur le financement du projet : pourquoi la région ne pourrait-elle pas payer 145 millions alors qu’elle vient de vendre des éléments du siège pour 176 ? Vous auriez pu emprunter (vous serez d’ailleurs sans doute obligée de le faire pour financer vos déboires en matière de gestion des fonds européens) à l’heure où le président de la Banque centrale européenne vient de nouveau de baisser les taux dans la zone euro car ses dirigeants la laissent s’enfoncer chaque jour un peu plus dans la morosité par manque d’ambition budgétaire.

Madame la présidente, vous nous rappelez de fins stratèges qui avaient réussi la prouesse de vendre notre imprimerie nationale à un fonds de pension américain pour la leur racheter 3 ans plus tard 4 fois plus cher (sans qu’aucun impôt ne soit d’ailleurs versé sur la colossale plus-value réalisée).

Comme présidente de la première collectivité européenne, vous aviez la responsabilité de considérer sérieusement un tel achat, signe d’investissement pérenne dans les compétences et politiques publiques de notre région. Depuis le départ vous avez souhaité aller vite sur ce dossier passant outre le respect de la loi MOP. Aujourd’hui, pour de purs motifs financiers court-termistes, vous passez à côté d’une formidable occasion pour notre région. Est-ce si difficile finalement d’œuvrer de la banlieue alors que vous indiquiez dans votre premier discours de présidente le 18 décembre 2015 que « nous ne pouvons prétendre diriger ce territoire si vaste et si divers depuis des hôtels particuliers du 7ème arrondissement » ?