Non à l’extension de l’incinérateur de Créteil
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Après avoir pris connaissance des éléments communiqués dans le cadre de la concertation préalable au projet d’évolution de l’usine de valorisation énergétique située à Créteil, les élu.e.s membres du groupe Alternative Écologiste et Sociale font part de leur opposition à la réalisation du projet en l’état. L’objet principal de leur opposition concerne l’augmentation des capacités d’incinération permise par la réalisation d’une troisième ligne “Emeraude”.

 

Un projet à contre-temps, néfaste pour l’environnement

 

Les unités d’incinération de déchets non dangereux, même productrices d’énergie sont globalement néfastes à l’environnement. La réglementation nationale et européenne fixe une hiérarchie des modes de gestion des déchets. Elle va de la prévention des déchets à l’enfouissement. Dans cette hiérarchie, l’incinération est le mode de gestion à éviter le plus, hormis l’enfouissement.

 

Dans un contexte d’urgence écologique, l’augmentation croissante du volume de déchets produits est un enjeu majeur que l’ensemble de la filière, industriels comme collectivités locales doit relever. Mais l’angle à privilégier reste celui de la protection de la santé des habitantes et des habitants d’une part, et la préservation de l’environnement d’autre part. Ce qui implique de fait une diminution drastique de la quantité de déchets produits. L’incinération, y compris avec production de chaleur ou d’électricité, n’est qu’un pis-aller.

 

Les caractéristiques techniques des fours impliquent une alimentation continue en déchets. Paradoxalement, l’installation dont le but est la destruction des déchets devient incitatrice à la production de déchets puisqu’elle ne peut supporter une rupture d’approvisionnement. Dans ce cadre, il est logique que toute augmentation des capacités des usines d’incinération entraîne une augmentation de la “demande” stable en déchets. De ce fait, elle met les opérateurs de la gestion des déchets dans un dilemme: soit maintenir un niveau de production de déchets constant ou croissant pour faire fonctionner les installations, soit agir résolument en faveur de la prévention des déchets et mettre en danger la viabilité économique et technique des installations. Une fois les capacités de production installées, il est extrêmement difficile de diminuer la quantité de déchets traités. Le choix de l’incinération est le choix du maintien à niveau constant, voire de la croissance du volume de déchets produits.

 

Les fonds mobilisés par les pouvoirs publics, mais aussi par les acteurs privés, dans le développement industriel de l’incinération sont autant de capitaux qui ne sont pas dirigés vers des stratégies préférentielles de traitement des déchets : prévention, réemploi, recyclage.

 

Une autre des conséquences négatives de la croissance des volumes de déchets traités en incinération est l’augmentation conséquente du nombre de bennes en circulation, s’intégrant à des flux routiers déjà saturés en Île-de-France. Dans le cadre du projet Valo’Marne, on parle d’une trentaine de bennes supplémentaires quotidiennement. Ce qui n’est pas seulement une nuisance pour les foyers riverains ou les usager.e.s des infrastructures routières mais également pour l’ensemble des personnes qui respirent l’air francilien. Encore une fois, la meilleure solution pour diminuer les flux de déchets sur la route est bien la diminution de la quantité de déchets produits.

 

Contrairement aux discours des promoteurs de l’incinération, il faut remettre en question l’efficacité de l’incinération dans son principe même : la destruction totale des déchets. En réalité, les résidus d’incinération qui peuvent aller jusqu’à 15 à 20% des volumes de déchets acceptés par l’usine d’incinération restent bien souvent un déchet difficile à valoriser. Si une partie est utilisée dans le domaine des travaux publics, il est faux de dire qu’il s’agit de déchets globalement valorisables. Les mâchefers sont un matériau peu recherché, à composition chimique variable et dont les niveaux de dangerosité incertains imposent souvent le stockage.

 

La commune de Créteil s’enorgueillit de proposer un réseau de chaleur affichant un taux élevé d’énergies renouvelables. La loi et le Schéma régional climat-énergie incluent en effet les “énergies de récupération” dans la définition des énergies renouvelables. Mais s’il est absolument nécessaire que l’énergie dégagée lors des processus d’incinération ne soit pas gaspillée mais bien utilisée, considérer les déchets comme une énergie renouvelable comparable au rayonnement solaire ou à la force des vents relève d’une confusion conceptuelle majeure. Il est préférable de substituer les combustibles fossiles dédiés au chauffage par d’autres types d’énergie afin de contribuer à la diminution de la demande globale de ce type de ressource, de limiter les émissions de gaz à effet de serre et d’améliorer la qualité de l’air. Il ne faut pourtant pas oublier que les incinérateurs rejettent également des gaz à effet de serre en grande quantité et que malgré les efforts techniques obtenus, leur contribution à la dégradation de la qualité de l’air est non négligeable.

 

La ville de Créteil, le SMITDUVM et la communauté de communes Grand Paris Sud Est Avenir devraient réorienter les fonds dédiés à l’incinération pour progresser dans la hiérarchie des modes de traitement des déchets. Préparer l’avenir implique d’investir massivement et dès aujourd’hui dans les alternatives à l’incinération.

 

Un projet opaque, au service d’intérêts particuliers

 

La manière dont est présenté ce projet tant dans le dossier écrit servant de base au processus de concertation que dans les méthodes mêmes employées dans ce processus sont tout à fait contestables et illustrent une volonté d’imposer un projet polluant et non nécessaire à des populations légitimement réticentes.

 

Le projet de construction d’un troisième four “Emeraude” et d’une augmentation significative du volume des déchets incinérés à Créteil est présenté avec un certain nombre d’aménagements complémentaires.

 

Il est ainsi prévu l’installation d’un puits de carbone expérimental à base de microalgues. Telle qu’elle est présentée, cette installation semble en effet intéressante, avant tout dans une démarche d’expérimentation. En effet, de l’aveu même des porteurs du projet, le dioxyde de carbone qui serait capté par l’installation est absolument négligeable en regard des émissions provoquées par l’incinérateur en l’état, et d’autant plus si le troisième four était effectivement construit. En tout état de cause, la mise en place de cette expérimentation ne contribue en rien à justifier l’augmentation de la capacité de l’usine d’incinération.

 

Il est également prévu de bâtir une serre de production agricole et d’accueil des publics à des fins pédagogiques. Il est légitime et nécessaire d’informer le public sur le traitement des déchets. Par ailleurs, toute installation de production agricole en zone urbaine est effectivement souhaitable pour améliorer l’autonomie alimentaire de l’Île-de-France. Cependant ce projet comporte deux risques conséquents. Une serre chauffée est un mode de production agricole non soutenable puisqu’il fait reposer la production alimentaire sur une consommation d’énergie évitable et incite à son gaspillage. Il faut encore une fois rappeler que la production de chaleur issue de l’incinération des déchets est loin d’être neutre d’un point de vue environnemental et que sa plus-value par rapport à la consommation de ressources fossiles reste contestable. Ensuite, il est à craindre que cet outil pédagogique devienne avant tout un outil de promotion de l’incinération. L’éco-blanchiment est une pratique de communication visant à revendiquer un caractère écologique pour des biens ou des services néfastes à l’environnement. C’est un terme qui pourrait être appliqué à ce projet de serres.

 

Le projet prévoit également de consacrer une partie de l’électricité issue de l’incinération à la production d’hydrogène comme carburant pour les véhicules. Si il est intéressant d’explorer les solutions alternatives à la consommation de ressources fossiles, le débat scientifique et technique autour de l’utilisation de l’hydrogène est loin d’être tranché. Quoi qu’il en soit, il s’agit encore d’un projet indépendant en soi de l’augmentation des capacités d’incinération de l’usine.

 

Enfin, et c’est d’ailleurs un des principaux arguments avancés par les porteurs de projet pour analyser les conséquences environnementales positives du projet global, il est prévu de mettre en oeuvre une amélioration dans le traitement des fumées en passant d’un traitement humide (générateur de rejets liquides) à un traitement sec. Il est même précisé dans le dossier de présentation que la non réalisation du projet global impliquerait un maintien des techniques actuelles, non conformes aux recommandations techniques européennes. C’est un procédé de communication qui s’apparente à un chantage : l’usine n’acceptera de se mettre en conformité dans le traitement de ses émissions que si elle est autorisée à augmenter sa capacité d’incinération. D’ailleurs, il a finalement été reconnu lors de la réunion publique du 13 mai que cette innovation serait mise en oeuvre quel que soit l’avenir réservé au projet global. On peut en conclure que la présentation qui est faite du projet dans le dossier de concertation est insincère et peut induire le public en erreur au sujet des implications de ce projet.

 

La “politique environnementale ambitieuse” déclinée dans le dossier de concertation est tout à fait biaisée. En particulier les conséquences environnementales de la non-mise en oeuvre du projet ne sont pas présentées avec bonne foi. Il n’est nul besoin de construire un troisième four générique pour faire évoluer le mode de traitement des fumées ou pour réorganiser les collectes. Le puits carbone aura une influence absolument négligeable et le projet global a une influence négative sur la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Le caractère incontournable de l’augmentation des capacités d’incinération pour détourner les déchets de l’enfouissement n’est pas justifiée et fait l’impasse sur les modes supérieurs hiérarchiquement de traitement des déchets. La présentation de l’énergie de récupération comme une énergie renouvelable est au mieux une maladresse, au pire une imposture conceptuelle.

 

L’argumentation générale du projet telle qu’on la lit dans le dossier de concertation, dans les réunions publiques ou dans la communication réalisée par la ville de Créteil est faite à sens unique et passe sous silence certains enjeux, pourtant fondamentaux concernant l’usine d’incinération. Les enjeux budgétaires ne sont pas communiqués au public et en particulier les prévisions que fait le délégataire de service public sur la rentabilité du site à l’issue de ces investissements. Or il est difficile de comprendre la raison pour laquelle les enjeux économiques ne seraient pas d’une influence majeure dans la validité ou non du projet. Cette absence de communication jette un soupçon légitime sur les raisons avancées (absorber la réorientation de déchets aujourd’hui destinés à l’enfouissement) pour augmenter les capacités de l’incinérateur. Les conséquences concrètes en terme d’émissions de gaz à effet de serre ou dégradant la qualité de l’air ne sont pas présentées au public.

 

Le manque de bonne foi dans l’argumentation déclinée dans le dossier de concertation, notamment sur les conséquences environnementales du projet, jette le discrédit sur les motivations tant du délégataire que des collectivités ayant la maîtrise d’ouvrage.

 

Une autre politique de prévention et de gestion des déchets est possible

 

La loi impose à l’ensemble de la filière de faire des progrès conséquents en “remontant” dans la hiérarchie de traitement des déchets. Or il en est des déchets comme de l’énergie : le plus propre est celui qui n’est pas produit. L’urgence est à la décroissance des déchets produits. Il est de la responsabilité de la communauté de communes Grand Paris Sud Est Avenir de se saisir de la question de la prévention en allant au-delà de la communication et de la responsabilisation des ménages et en intégrant la question des déchets à l’ensemble des projets d’aménagements et d’approvisionnement du territoire.

 

Parmi les pistes dont pourraient se saisir les acteurs publics du territoire figure la question de la tarification incitative. Il est également envisageable d’encadrer la production de déchets d’activités économiques à l’échelle du territoire et de travailler collectivement à une baisse régulière et conséquente des déchets produits, notamment des déchets d’emballage. Il ne faut pas non plus négliger la question des déchets organiques issus des ménages qui sont des ressources à valoriser dans la production agricole notamment et dont l’incinération est un gâchis.

 

Afin de garantir la santé des populations et la préservation de l’environnement, c’est à l’inverse du projet en cours qu’il faudrait aller et commencer à travailler dès 2019 à un objectif de diminution continue des déchets incinérés. Il faut aujourd’hui planifier la fermeture à terme de l’incinérateur de Créteil.

 

Puisque cette usine contribue au chauffage de nombreux équipements et foyers à Créteil et que le reste du réseau de chaleur urbaine dépend aujourd’hui de combustibles fossiles, il est nécessaire de lancer les études permettant d’assurer une production d’énergie compatible avec l’urgence climatique. En particulier, étudier le potentiel global du territoire en termes de production d’énergie réellement renouvelable, planifier la rénovation de l’habitat et la diminution globale de la consommation de chaleur et d’électricité.

 

Les Cristoliens et les Cristoliennes méritent un réseau de chaleur soutenable écologiquement.