Plan d’urgence sur les lycées 2021 : Bénédicte Monville déplore le retard et l’inefficacité de la Région
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Discussion générale 

Amendement sur les lycées dits très vétustes

Madame la Présidente,

Madame la Vice-présidente,

Mes chèr·es collègues,

Dans son avis sur ce rapport dit « de revoyure » de votre plan d’urgence pour les lycées franciliens, le Conseil Economique Social et Environnemental (CESER) s’inquiète de l’incapacité de votre majorité à anticiper et le défaut de concertation entre la Région et les représentant·es des personnels et usager·es des établissements. Anticiper et concerter, vous aurait peut-être permis d’éviter les écueils qui ont marqué votre politique vis-à-vis des lycées franciliens, une compétence pourtant essentielle aux habitant·es de notre Région.

Parmi ces écueils, le CESER relève la minoration des besoins en places supplémentaires. Un avis confirmé hier par une étude de l’Institut Paris Région qui souligne que, d’ici à 2030, il manquera 9 000 places dans les lycées franciliens.

Ce manque d’anticipation est encore plus marqué pour ce qui concerne les quartiers ou départements populaires.

À bien regarder, les investissements et leur exécution, on remarque que les lycées achevés pendant votre mandature sont ceux entrepris sous l’ancienne majorité, que les 3/4 des opérations de restauration, réparation ou agrandissement prévues par votre plan pluriannuel d’investissement figuraient déjà au plan de 2012 et auraient dû être achevées en 2020. Quant au CESER, il souligne que plus de la moitié des opérations concernant les lycées reste à lancer et s’interroge sur l’absence de certains projets prévus en 2017, comme l’internat de Nemours.

Et en effet, le taux d’exécution, c’est-à-dire l’argent effectivement dépensé pour les lycées est systématiquement très en deçà du budget annoncé. Ce qui signifie que vous vendez la lune, mais accouchez d’une souris.

À ce faible investissement effectif, il faut ajouter des choix favorables à l’enrichissement du capital privé. Sur trois lycées neufs programmés par vous, deux à Pierrefitte et Palaiseau sont des marchés de partenariat public privé (PPP) attribués à Vinci Construction. Vous êtes passée outre les alertes répétées de la Cour des comptes sur leurs coûts très élevés et leurs nombreux désavantages pour les collectivités publiques. Une affaire qui vous vaut d’être soupçonnée de favoritisme et vous oppose aujourd’hui au journal Mediapart contre qui vous avez porté plainte.

Le sous-investissement chronique et la baisse du budget de fonctionnement qui ont caractérisé votre mandat ont créé une situation alarmante dans les lycées publics franciliens. Les témoignages des acteurs du terrain se multiplient et sont accablants : toutes et tous soulignent l’absence criante de suivi et le manque d’entretien. Il aura fallu une pétition des lycéen·nes et personnels du campus scolaire de Coulommiers pour que la Région s’inquiète finalement de l’état « plus qu’insalubre » (écrivent-ils) de leur établissement. Vous avez fini par vous y déplacer, un samedi évitant soigneusement de croiser élèves et enseignant·es et rejetant comme à votre habitude la responsabilité sur vos prédécesseurs. « 17 ans d’abandon » La rénovation globale du lycée avait pourtant été programmée par la majorité précédente dès 2012 mais vous n’avez pas été capable d’entreprendre des opérations prévues et financées. Tout comme il est de votre responsabilité d’assurer la bonne exécution des travaux entrepris. Or là aussi, votre bilan est inquiétant. Hier encore sur Twitter, les professeur-es du lycée Darius-Milhaud au Kremlin- Bicêtre qualifiaient les multiples malfaçons constatées d’« histoire d’incompétence technique, d’indifférence politique, de gabegie d’argent public ». Incompétence, indifférence, gabegie qui débouchent parfois sur des drames comme au lycée Saint- Lambert dans le 19ème arrondissement de Paris où trois élèves ont été blessés suite à l’écroulement d’un escalier quasi neuf ou, pas plus tard qu’hier, au lycée Feyder d’Épinay-sur-Seine où la vitre d’une porte-fenêtre d’un bâtiment à peine rénové est tombée, blessant une élève qui a dû être transportée aux urgences. Cette vitre avait été signalée comme dangereuse deux semaines avant aux services de la région. Aujourd’hui les enseignant·es et les parents de ce lycée vous écrivent et dénoncent, je les cite, « une situation scandaleuse ». Ils déplorent le silence de Région devant leur alertes répétées. Contrairement à ce que vous avez affirmé à l’unisson de vos meilleurs laudateurs dans cet hémicycle, vous n’avez pas 2 ans d’avance mais 5 ans de retard !

Plus de 5 longues années d’une gestion maltraitante des lycées publics franciliens et de leurs personnels, j’ai déjà plusieurs fois dit ici la situation parfois insupportable où sont laissés les agents. Dans le même temps, les établissements privés ont reçu de votre part plus d’argent que jamais. Vous avez beaucoup gesticulé et cherché à faire le buzz en lançant des politiques plus ou moins fumeuses : on se souvient des tests salivaires pour détecter les fumeurs de cannabis au lycée – un flop magistral – et on se rappellera des 230 millions dépensés dans des ordinateurs bas de gamme et fabriqués en Chine. En réalité, vous avez abandonné les lycées publics qui constituent pourtant avec les transports, une compétence régionale essentielle pour la collectivité francilienne. Devant ces bâtiments qui s’écroulent, fuient, moisissent ou dont la toiture s’envole, on reste sidérés et scandalisés par la brutalité d’un projet politique que vous avez déjà entrepris dans le supérieur avec les résultats qu’on sait et qui se révèle particulièrement délétère en période de pandémie : défaire le service public d’éducation pour mieux encourager sa privatisation.