PRIC : Intervention d’Hella Kribi-Romdhane en séance du 11 juin 2020
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Madame la Présidente, Monsieur le Vice-Président, chers collègues,

Pour que tout le monde comprenne bien : le PRIC c’est Pacte Régional d’Investissement dans les Compétences.

Nous sommes le 11 juin 2020. De nombreux jeunes sont hors de l’appareil de formation depuis maintenant 3 mois. Je vous laisse imaginer les conséquences de cette situation à la rentrée 2020 : décrocheurs scolaires, demandeurs d’emploi sans suivi personnalisé, jeunes à l’abandon dans des quartiers où les services de proximité sont fermés, laissés sans accompagnement et sans orientation.

Nous ne pouvons accepter que la génération 2020 soit ainsi sacrifiée !

A travers ce PRIC, trop succinct dans sa présentation pour dessiner un cap clair, on ne mesure pas l’enjeu que sera la rentrée 2020.

D’abord sur la méthode, alors que les partenaires sociaux et l’ensemble des acteurs de l’éco-système emploi-formation sont directement concernés et peuvent largement nous nourrir pour construire un PRIC ambitieux et adapté, vous n’avez même pas pris la peine d’une co-construction ou même d’un échange avec le CREFOP avant le vote en Conseil Régional. Cela a été dit mais je regrette également que nous-mêmes, élus régionaux, ayons eu connaissance du rapport quelques heures seulement avant la tenue de la commission thématique alors que le plan d’investissement prévoit que les pactes soient co-construits au sein des CREFOP  ! C’est ainsi le dialogue et la démocratie sociale que vous affaiblissez !

Je regrette cette méthode tout comme celle qui, dans vos politiques d’emploi, consiste, à s’inscrire essentiellement dans des actions d’affichage qui peuvent s’avérer dangereuses comme c’est le cas avec votre plateforme pour l’emploi, à travers le partenariat que vous avez noué avec Le Bon Coin et StaffMe, une start-up qui promeut chaque jour l’uberisation du travail des jeunes en leur demandant de se déclarer comme auto-entrepreneurs pour un travail qui devrait être salarié.

Face à la crise, face à l’urgence, nous devons être à la hauteur.

Le PRIC que vous nous proposez augmente les places en formation et nous pouvons aisément nous en réjouir quand on sait que, l’an dernier, nous avons refusé une partie de l’enveloppe qui pouvait nous être allouée par l’Etat.

Mais cela ne suffit pas. L’urgence sociale qui s’amplifie suite à la crise sanitaire doit nous amener à agir avec ambition et à assumer des orientations claires.

Pour l’insertion des jeunes très éloignés de l’emploi qui se retrouveront sans rien à la rentrée. Je pense aux jeunes les plus fragilisés : issus des quartiers politique de la ville, habitants dans des zones éloignées des centres urbains, jeunes sous main de justice pour lesquels nous savons que le principal levier de prévention de la récidive est la formation, l’insertion, l’emploi et je pense aussi aux jeunes porteurs d’un handicap. Espaces dynamiques d’insertion, E2C, missions locales doivent être des acteurs au cœur de nos priorités pour aller toucher les jeunes en grande fragilité.

Vous savez comme nous que la réforme de l’apprentissage risque de creuser ce fossé. Voilà pourquoi nous vous demandons depuis l’annonce de la réforme de l’apprentissage de faire en sorte que le PRIC finance aussi les passerelles apprentissage auxquelles nous sommes attachés non pas parce que nous les avons créées avec la précédente majorité mais parce qu’elles permettent d’accompagner les jeunes les plus éloignés, les moins préparés, jusqu’à la signature d’un contrat d’apprentissage tout en prévenant les ruptures de parcours.

La crise aura un impact sans aucun doute. Nous aurions aimé avoir connaissance, dans ce rapport, d’une action ambitieuse pour l’orientation professionnelle des demandeurs d’emploi, des jeunes. Après 3 mois sans formation et sans accompagnement, ce sont de nombreux jeunes sans solution à la rentrée que nous avons à rattraper ! Sans faire le parallèle avec le désastre de Parcours sup, nous devons avoir à l’esprit les inégalités face à l’orientation. Et l’impérieuse nécessité de les résorber.

Le portail Oriane, très coûteux, n’a pas bougé depuis un an ce qui met en difficulté les demandeurs d’emploi et les jeunes pour une orientation efficace vers un secteur d’activité en lien avec le bassin d’emploi. L’après-Covid impose que nous travaillions davantage à développer l’emploi de proximité face à des transports, des routes et pistes cyclables qui ne peuvent être la seule réponse dans une région aussi dense que l’Ile-De-France.

Vous nous indiquez dans le rapport que la Région versera une prime de 1000 euros aux demandeurs d’emploi qui se formeront sur les métiers les menant à 7 filières que vous soutenez. Cette mesure incitative, nous la recevons favorablement. A fortiori dans cette période où toute forme de soutien au pouvoir d’achat doit être soutenue.

Mais nous espérions plus d’ambition en matière de formation des franciliens pour promouvoir l’accès à des secteurs moins consommateurs d’énergie par exemple. Dans cette période de crise, la question écologique doit être consubstantielle de notre action en matière de formation professionnelle.

En clair, ce PRIC, s’il permet des dotations de l’Etat plus importantes que celles de l’année dernière et donc une augmentation des places en formation, il manque clairement d’ambition pour constituer un levier efficace pour répondre aux besoins des demandeurs d’emploi et à l’urgence sociale et écologique.