Séance du 24 septembre – Intervention de Bénédicte Monville sur la Dotation Globale de Fonctionnement des Lycées (DGFL) 2021
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Notre lycée est violemment inégalitaire et particulièrement en Île de France. La corrélation entre la composition sociale moyenne des établissements et le taux de réussite y est très forte. Ce qui signifie que les parcours scolaires y sont essentiellement déterminés par nos conditions sociales. Mais plutôt que lutter contre ces inégalités, vous les niez deux fois.

Une première fois en réifiant l’illusion du mérite scolaire à travers plusieurs dispositifs comme la transformation des bourses régionales sur critères sociaux, en bourses régionales au mérite. Même votre politique de distribution d’un ordinateur aux élèves du lycée général ou d’une tablette aux élèves du lycée professionnel reproduit les hiérarchies bourgeoises qui postulent la supériorité du travail intellectuel et des études longues sur le travail manuel et l’apprentissage. Une hiérarchie et une dichotomie absurdes qui constituent une humiliation symbolique pour celles et ceux qu’elle rabaisse. C’est sûrement ces convictions qui vous empêchent de promouvoir l’enseignement agricole dans notre région.
Plutôt que d’engager la Région dans le développement des filières agricoles utiles et la promotion de nouvelles générations d’agriculteurs indispensables à la transition, vous restez spectatrice devant la décision unilatérale de son gestionnaire privé de fermer le lycée agricole de Vaujours dont le bâtiment a pourtant été cofinancé par la Région. 15 lycées agricoles privés pour 3 lycées publics, quelques 3600 élèves pour une région qui compte 12 millions d’habitants. Comme pour le bio à la cantine, votre bilan est désolant.
Vous vous êtes montré incapable de faire de la gestion des lycées un levier de la transition écologique de notre région.

Vous niez le poids des inégalités sociales sur les parcours scolaires une deuxième fois en privant les lycées publics de financements précieux. L’état d’abandon de trop nombreux établissements publics les empêche d’assurer leur mission de service public dans les conditions où ils devraient. 1/3 des lycées franciliens sont vétustes et attendent désespérément un plan de rénovation. La cour du lycée professionnel Jean-Baptiste Clément à Gagny dans le 93 s’est effondrée au tout début du confinement. Les travaux de réparation viennent à peine de débuter mais la rénovation, pourtant indispensable, attendra 2021. Et quand les travaux avaient été planifiés et arrêtés par la majorité précédente, pour débuter en 2018, il arrive, comme au lycée Camus de Bois-Colombes, que votre intervention n’en retarde à ce point l’exécution que ces travaux n’ont toujours pas commencé en septembre 2020.

Plusieurs lycées ont déploré des malfaçons dans les rénovations et leurs alertes n’ont pas été entendues par la majorité régionale. Une incurie aux conséquences parfois très grave comme récemment au lycée Saint-Lambert dans le 19è arrondissement de Paris. Sur la demi-douzaines de lycées dont vous avez lancé la construction pendant votre mandat, 2 sont des partenariats public-privés, 4 des MPGP. Tous engagent la région dans des partenariats avec des grands groupes du BTP dont l’impact financier est déjà négatif pour notre collectivité.
Mais cette manie que vous avez de faire de l’école une occasion d’enrichissement pour le capital privé ne s’arrête pas là. Je pourrais
évoquer l’arsenal de sécurité et de vidéo surveillance que vous y déployez mais je m’arrêterais sur ces opérations qui consistent à déposséder des établissements publics d’une partie de leur terrain au profit d’intérêts privés comme au lycée Léonard de Vinci à Melun ou bien encore ce projet d’un immeuble de bureau et de coworking sur le terrain du lycée Paul Valéry dans le 12ème arrondissement de Paris.
Pourquoi ? Parce que votre projet consiste à privatiser progressivement
l’éducation et votre stratégie est double. D’un côté vous privez l’école publique de moyens et de l’autre vous renforcez l’enseignement privé.
Puisque vous ne cessez de faire le bilan de celles et ceux qui vous ont précédé, nous allons faire le vôtre Mme la présidente.

Combien d’argent avez-vous donné en plus du forfait obligatoire à l’enseignement privé ? Difficile à chiffrer tant vous avez rétabli et institué de nouvelles aides et de nouvelles lignes au budget. Aide à la demi-pension, aide à l’acquisition des manuels scolaires, aide à la sécurisation des lycées privés, aide à leur rénovation. Entre la sécurisation et la rénovation, ce sont 8 millions d’euros qui ont été détournés vers l’enseignement privé en 2019. 8 millions qui représentent 10% de la dotation globale de fonctionnement que vous accordez aux 465 lycées publics qui elle est en baisse constante
depuis votre arrivée.
La cour de l’école publique s’effondre, celle de l’école alsacienne, une des écoles privées les plus prestigieuses de la capitale, bénéficie d’un financement régional de 50 000€.
Et je ne parle pas des problèmes d’absence d’isolation thermique, de matériel pédagogique obsolète ou de lave-vaisselle en panne et pas remplacé.
Parlons maintenant des ordinateurs que vous êtes allée remettre en main propre dans plusieurs lycées parisiens. C’est un peu comme votre photo dans tous les manuels scolaires ou le clip sur les ordinateurs, on se demande qui fait la promotion de qui ?
Ces ordinateurs et tablettes ont coûté 180 M d’€ et vous n’avez tenu aucun compte de l’avis des personnels enseignants. Vous leur avez imposé ces ordinateurs. Je rappelle que l’année dernière, la moitié d’entre eux avait fait le choix de continuer à travailler avec des manuels scolaires papier. Certes, l’année dernière nous ignorions tout du coronavirus. Mais outre que l’horizon auquel vous semblez nous promettre, un avenir de confinement et d’école à distance, de continuité pédagogique, comme on dit, est un horizon
sinistre dont personne ne veut, la liberté pédagogique est une conquête des enseignants contre les tentatives du pouvoir politique d’imposer sa férule sur l’école.
Vous prétendez qu’en réglant le problème de la fracture numérique vous réglerez aussi celui de l’inégalité scolaire. Vous feignez d’ignorer que l’inégalité sociale tient surtout aux politiques néolibérales que vous menez. Et combien de lycées attendent encore le déploiement d’un réseau filaire qui fonctionne et leur permette d’utiliser Internet partout dans l’établissement ou simplement des prises électriques pour brancher ces ordinateurs que la Région a financés. Vous prétendez de l’industrie du numérique qu’elle est, je cite la majorité : « la pédagogie de l’avenir ». C’est d’abord une industrie et une industrie qui pose de nombreuses questions démocratiques et écologiques. Pour la démocratie, de l’idée de régenter
le vêtement des femmes à la surveillance de masse, le moins qu’on puisse dire est que le titre de votre micro-parti résonne comme un oxymore face à vos partis pris. Pour l’écologie, le moins qu’on puisse dire est que si nous continuons comme cela, l’avenir numérique riant que vous nous vendez sera bien plus surement celui du crépuscule de l’humanité. L’impact environnemental des décisions que vous prenez ne vous intéresse pas. Là aussi, votre politique nous aura fait perdre un temps précieux face au défit que représente la transition écologique de notre région.

Parlons maintenant des agents de la Région. Ces milliers de femmes et d’hommes qui tous les jours assurent la maintenance, l’entretien, la restauration scolaire et maintenant le respect du protocole sanitaire dans nos lycées. Ils et elles sont 8500 pour 465 lycées.
Depuis 2016, vous avez recruté 53 agents supplémentaires quand le nombre de lycéens a augmenté de plusieurs milliers. En temps d’épidémie, un temps dont on ignore quand il se terminera, le manque de personnel devient criant. Là aussi des enseignants et des parents d’élèves comme au lycée Geoffroy Saint-Hilaire à Etampes vous ont alerté sur l’épuisement des agents, touchés eux aussi par la maladie. Ils vous ont écrit : les trois services de cantine à assurer au lieu de deux, les plus de 10 salles par agents à nettoyer et désinfecter sans compter les toilettes et les parties communes.
Touchés eux-aussi par l’épidémie, certains services de demie-pension sont fermés faute d’un nombre d’agents suffisant pour les faire fonctionner. Vous voulez faire appel à des intérimaires encourageant une précarité qui plombe la vie quotidienne de ces centaines de milliers de jeunes que, par ailleurs, vous prétendez vouloir sauver en leur offrant un ordinateur.
Pour les agents comme pour le reste, vous restez sourde aux alertes. Mardi, une agent chargée de l’entretien du lycée Pierre de Coubertin à Meaux a fait une tentative de suicide sur son lieu de travail. Depuis, ses collègues ont apposé une pancarte sous le logo de la Région Île de France avec écrit « la Région abandonne ses agents ». Depuis plus d’un an, ils vous alertent sur leurs mauvaises conditions de travail. Votre management maltraite les agents du service public d’éducation, et singulièrement, celles et ceux qui
nettoient nos lycées et dont l’épidémie nous rappelle pourtant l’importance
pour la société.

L’école publique que vous construisez est une école à l’abandon où des cours s’effondrent et dont les agents sont malmenés. C’est l’école de toutes les inégalités, où l’insécurité scolaire grandit. Mais, de toute évidence, cette insécurité là ne vous intéresse pas.