Séance du 24 septembre – Question orale de Ghislaine Senée pour un moratoire sur la 5G
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Madame la Présidente,

Dans une interview sur France Info le 17 septembre, alors que vous étiez amenée à vous exprimer sur le déploiement de la 5G, vous avez déclaré “L’État devrait demander à l’OMS de faire une étude comme elle l’avait fait au moment de la 4G pour rassurer les Français. » Vous ajoutiez que les Français-es n’étaient de toute façon pas compétents sur le sujet et qu’il fallait laisser la question dans les mains des scientifiques.

Sur ce dernier point nous pensons que vous avez tort.

Sous prétexte que la question de la 5G se réduirait à une question sanitaire, vous empêcheriez les Français-es et donc les Franciliens de participer au débat car ils seraient incompétents.

Or, ce qui se dessine à travers les réticences collectives et les demandes de prudence, ce n’est pas, comme certains voudraient le faire croire, la marque d’une frilosité archaïque. Non, il s’agit de l’exigence d’une population de mieux en mieux informée et très consciente de l’impact concret et quotidien des technologies de communication et d’information dans leur vie, et qui demande une seule chose, un débat.

Des questions se posent. Les préoccupations écologiques nous encouragent à diminuer notre consommation d’énergie, est-ce compatible ? Avons nous été consultés sur l’arrivée dans nos foyers, dans nos bureaux, dans l’espace public, même, d’une profusion d’engins énergivores. Répondent-ils aussi bien à nos besoins que le prétendent les innombrables publicités, elles aussi bientôt connectées?

Le passage à la 5G n’est qu’un événement dans cette course en avant imposée par les industriels technophiles. Il ne s’agit “que” de pousser un peu plus loin la capacité technique de circulation et de stockage des données. On peut être d’accord ou pas d’accord.

Mais cet événement est l’occasion de faire des choix collectifs sur nos modes de vie. Sommes nous si sûrs que le progrès, c’est de consacrer encore plus de temps le nez rivé à nos écrans, à consommer jusqu’à l’épuisement nerveux des flux d’images et de vidéos ? Sommes-nous si sûrs de vouloir connecter notre montre à notre frigo et à notre voiture (ou à notre vélo!) pour optimiser chacun de nos gestes quotidiens? Sommes-nous si sûrs de vouloir encore déléguer davantage de nos connaissances, de notre mémoire et de nos relations sociales à ces prothèses, très utiles bien sûr, très divertissantes aussi, mais si envahissantes? Sommes-nous si sûrs au point de ne pas nous poser la question collectivement?

Quand on mesure à quel point la course en avant dans laquelle nous mène le système technicien s’appuie sur des dégradations toujours plus poussées de notre environnement, tant dans la production d’énergie que dans l’extraction de matériaux, n’est-il pas temps, collectivement de nous interroger, et de délibérer sur le futur que nous voulons bâtir ensemble?

Et surtout, est-ce vraiment la priorité sur laquelle nous devons orienter des investissements de manière prioritaire, alors même que nous avons tant de défis à relever? Et que dans d’autres régions, voire même dans certaines zones d’Ile-de-France, certains de nos concitoyen·nes n’ont pas encore une connexion de qualité?

Nous le disons, il n’est pas d’orientation collective de nos sociétés qui ne mérite d’être délibérée. C’est d’ailleurs l’avis des 150 citoyennes et citoyens tirés au sort lors de la Convention citoyenne sur le climat. Le temps n’est plus celui des technocrates qui, pleins de morgue, expliquaient aux ignares ce qui était bon pour eux, malgré eux. Non, le temps est désormais celui de la souveraineté citoyenne et de l’appropriation collective de nos outils, de nos techniques, en nous appuyant sur des connaissances établies. 

Pour l’ensemble de ces raisons, madame la Présidente, nous vous demandons si vous êtes prête à demander, pour les Franciliennes et les Franciliens, un moratoire, le temps d’un vrai débat public, sérieux, informé et démocratique, sur cette nouvelle étape dans les communications à distance que représente la 5G.