Séance du 6 mars 2020 : Intervention d’Anne-Claire Jarry-Bouabid sur la politique cinéma et audiovisuelle
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Nous avons bien pris connaissance de votre rapport qui vise à soutenir les projets de films en coproduction minoritaire ainsi qu’à renforcer l’action de médiation culturelle des cinémas indépendants. Nous souhaitons mettre à profit cette question du soutien régional au cinéma pour aborder le sujet brûlant de la place des femmes dans cette industrie culturelle.

Les inégalités femmes-hommes sont particulièrement visibles dans le cinéma français tant il agit comme un miroir loupe de notre société. Ces inégalités s’expriment brutalement dans les métiers du cinéma où les femmes sont moins représentées que les hommes. Cet inégal accès à la production de fiction existe aussi à la télévision, comme le souligne le Haut Conseil à l’Egalité dans son dernier rapport où il est relevé que seulement 12% des fictions sont écrites par des femmes. Quand elles sont actrices, le rôle des femmes est souvent dépendant de celui des hommes. En 2016, alors que 4000 films ont passé le test de Bechdel pour connaître le degré de sexisme d’un film, 40% échouaient, preuve là encore du chemin restant à parcourir pour parvenir à l’égalité. Mais comment ne pas penser qu’il existe un lien entre représentation et nombre de femmes ayant accès au poste de réalisatrices, alors qu’elle ne sont que 25% à exercer ce métier. Et alors qu’elles parviennent à de telles responsabilités, elles sont moins payées que leurs confrères et l’écart peut atteindre 42%. A ces représentations sexistes peuvent se cumuler des assignations à des rôles et donc des représentations, en fonction de la couleur de peau de l’artiste comme ont pu le dénoncer les auteurs de l’ouvrage collectif  “Noire n’est pas mon métier”.

Si le cinéma n’est pas exempt du sexisme qui sévit dans la société, il n’est pas non plus exempt de l’une de ses manifestations, les violences sexistes et sexuelles. Alors que dans la société française les mouvements #metoo se multiplient (sport, littérature,…) et que le monde du cinéma aurait pu y prendre sa place et faire son introspection, la dernière cérémonie des Césars a été un rendez-vous manqué et un affront pour de nombreuses victimes. Alors que la Région finance l’industrie cinématographique, elle doit assumer son rôle d’acteur du cinéma français et être une force motrice pour l’égalité. À ce titre, nous aimerions que vous nous indiquiez :

 

  • Les efforts entrepris par la région pour équilibrer les budgets alloués aux hommes et aux femmes dans les projets cinématographiques ;
  • Les dispositifs mis en place par la Région pour s’assurer qu’elle ne finance plus les projets portés par des personnes reconnues coupables d’agression sexuelle ;
  • Le travail mené avec la filière afin de lutter contre la diffusion de stéréotypes sexistes.