Séance du 6 mars 2020: Intervention d’Annie Lahmer concernant les prisons
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Mme la présidente, vous nous présentez ici, au nom de la lutte contre la délinquance et contre le terrorisme, un plan visant à aider à la construction de nouveaux établissements pénitenciers. Alors que la La France a été condamnée le jeudi 30 janvier par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) pour les conditions de détention dans des prisons surpeuplées ceci pourrait sembler être une bonne idée.

Le taux d’occupation des établissements pénitentiaires français est de 116% et de 138% en maison d’arrêt ou quartier maison d’arrêt.

Dans ces conditions nos prisons, ne respectent pas les droits humains et ce n’est pas une surprise.

Construire de nouvelles prisons est déjà la politique menée depuis 30 ans. Entre 1990 et 2016, 21 892 places de prison ont construites : Un effort immobilier inédit entraînant une hausse de 60 % du parc pénitentiaire. Malgré cet effort le taux d’occupation des établissements pénitentiaires est resté supérieur à 100 %. Parce que l’offre crée la demande : les petites peines d’emprisonnement ont explosé dans la même période. 33% de personnes condamnées à des peines de moins d’un an de prison en cinq ans. Nous pouvons que constater que ces politiques n’ont eu aucun effet concret sur la délinquance.

« on ne traite alors que les conséquences de la surpopulation, et non par les mécanismes ou les facteurs qui en sont à l’origine », explique la criminologue belge Sonja Snacken, experte auprès du Conseil de l’Europe. L’inflation carcérale que connait la France depuis plusieurs décennies est avant tout le fruit de politiques pénales qui ont misé sur l’incarcération et une répression croissante des déviances sociales.

Non seulement bien souvent inutile, notamment pour les petits délinquants, la prison ne fait que reproduire les maux qu’elle entend traiter : 61% des personnes condamnées à une peine de prison ferme sont réincarcérées dans les cinq ans. Des chiffres qui tombent à 34 et 32% pour une peine alternative à la prison comme le travail d’intérêt général ou le sursis avec mise à l’épreuve. Les détenus le disent, à l’image de cette citation recueillie par l’OIP : « Le milieu carcéral, c’est un peu le Pôle emploi de la délinquance ».

Alors des prisons poussent, partout, alors que les moyens humains baissent. Le nombre de conseillers pénitenciers est en baisse constante, et le suivi des détenu.e.s en pâti.

Cacher la délinquance, la déshérence derrière des barreaux ne la fait pas disparaître : elle la démultiplie, elle la cristallise. L’incarcération est une impasse bien confortable qui dispense de se poser la bonne question de la cohésion sociale, de la réduction des inégalités et surtout, de la réinsertion. Il est de coutume pour votre exécutif que de déborder sur des sujets qui ne sont pas du ressort régional. Plutôt que de se lancer à corps perdu dans les prisons, pourquoi ne pas exploiter un secteur qui est le vôtre, la formation professionnelle, pour agir concrètement pour la réinsertion et contre les risques de récidive ? Pourquoi ne pas suggérer de prendre des TIG aux organismes financés par la région ?

Soutenez plutôt les peines en milieu ouvert, comme le fait la ferme du Pinson, car rappelons-le, la première étape pour éviter la récidive est d’éviter la prison, qui aggrave la situation sociale, psychique, familiale des personnes, perpétue des phénomènes de violence en les enfermant dans un statut de délinquants. Plutôt que d’abonder les prisons, soutenez l’accompagnement des personnes condamnées en milieu ouvert pour faciliter leur réinsertion.

Nous vous enjoignons à l’Humanisme. Soutenez les organismes tels que l’OIP, le Génépi, que nous vous avons présenté par voie d’amendements.

Pour finir, en 2018 il y avait près de 3000 personnes de plus de 60 ans en prison, 8 fois plus qu’en 1980 . Beaucoup ont plus de 70 ans, sont malades, invalides. L’actualité nous a montré qu’il était possible d’être libéré pour des raisons de santé. Et je soutiens cette libération, Monsieur Balkany ne me semblant pas être dangereux pour la société. Mais pourquoi lui et pas les autres ? Certains sont-ils des sous-hommes ?