Situation alarmante dans les CRA du Mesnil-Amelot et de Vincennes : notre courrier aux Ministres Castaner et Belloubet
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Courrier adressé lundi 13 avril 2020 à M.Castaner, Mme Belloubet, et messieurs les Préfets de Seine-et-Marne et du Val-de-Marne.

Objet : Situation dans les CRA du Mesnil-Amelot et de Vincennes

Les nouvelles qui nous parviennent de la situation des personnes retenues dans les Centres de Rétention Administrative (CRA) du Mesnil-Amelot et de Vincennes sont alarmantes.

Ces centres compteraient respectivement 47 et 54 personnes enfermées dans des conditions que l’épidémie de COVID-19 que traverse notre pays rend particulièrement indignes. 

Le 19 mars 2020, la contrôleur général des lieux de privation de liberté constatait à propos des CRA que « l’Etat [y] manque à son obligation de protéger à la fois ses agents et les personnes qu’il a lui-même placées sous sa garde » et recommandait, en l’absence de perspectives d’éloignement du territoire des personnes retenues, de « procéder sans délai à la fermeture temporaire des centres et locaux de rétention administrative »

Le 6 avril, un collectif d’associations Seine-et-Marnaises de défense des droits humains écrivaient au préfet de Seine-et-Marne pour l’alerter sur les conditions sanitaires dramatiques dans lesquelles, au Mesnil-Amelot, survivent les retenus. Elles précisent que la situation est à ce point alarmante que certains retenus suivent une grève de la faim. 

Les personnes enfermées interrogées par la presse décrivent des conditions de détention inhumaines marquées par la saleté, l’absence d’hygiène, la promiscuité et le défaut complet de protection. Leur demande de masques, de gel hydroalcoolique et de tests aurait été rejetée par l’administration du centre. Les agents chargés de les surveiller ne seraient pas eux-mêmes protégés. Ce que semble confirmer la contrôleur général des lieux de privation de liberté quand elle note que l’Etat manque à son obligation de protéger ses agents. 

Toujours d’après les informations qui nous arrivent, les retenus se sont rassemblés dans la cours du CRA du Mesnil-Amelot samedi soir pour protester contre ces conditions inhumaines de rétention. Pour réponse, des CRS sont intervenus le dimanche matin et les ont contraint par la force à rejoindre leur chambre. Six d’entre eux auraient été emmenés par les forces de l’ordre. 

Le préfet de Seine et Marne confirme dans un communiqué de presse ce matin l’intervention des forces de l’ordre. Ce qui ajoute à l’indignité des conditions de détention de ces personnes, l’indignité avec laquelle les autorités administratives compétentes traitent ces hommes.

Hier soir, les retenus du CRA de Vincennes manifestaient à leur tour, après que, d’après eux, un quatrième cas de Covid-19 se soit déclaré. Ils demandent l’hospitalisation en urgence de leur compagnon, d’être expulsés ou libérés mais refusent d’être maintenus dans une situation qui les condamne à être contaminés les uns après les autres. 

Nous exigeons qu’un tel acharnement contre des personnes qui, rappelons-le, n’ont commis aucun crime, cesse et nous nous interrogeons sur l’intérêt que les autorités de notre pays trouvent à maintenir cette centaine de personnes enfermées dans de telles conditions. L’irrégularité de leur situation administrative ne saurait justifier qu’on les expose au risque d’être contaminées au Covid-19 et, pour certaines d’entre elles, de mourir. 

Nous exigeons que l’emploi de la force et de la violence contre ces hommes qui protestent alors qu’on les expose sciemment à la mort cesse également. Ces méthodes sont indignes d’une République fondée sur les droits humains. 

Nous exigeons que ces personnes soient immédiatement relâchées, qu’elles soient testées et les malades, soignés et nous exigeons la fermeture des CRA. 

Nous demandons également, qu’à l’instar du Portugal et face à une épidémie qui elle ne connait pas de frontières, les étranger·e·s dont la présence sur notre territoire n’est pas régulière soient régularisés le temps que durera la situation exceptionnelle que nous traversons, afin qu’ils et elles puissent prétendre aux droits minimums qui nous permettront collectivement de faire front face à l’épidémie. 

Enfin, nous demandons à être autorisés à visiter dès mardi 14 avril, les centres de rétention du Mesnil-Amelot et de Vincennes afin de pouvoir constater par nous-mêmes, la situation faite à ces personnes. 

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, Madame la Ministre, Messieurs les Préfets, en l’expression de notre respectueuse considération.

 

Les élu·es du groupe AES