Stratégie régionale pour la biodiversité : encore une occasion manquée
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Lors de la dernière séance du Conseil régional (21 et 22 novembre 2019), une stratégie régionale pour la biodiversité a été adoptée. En première ligne pour la défense du vivant, le groupe Alternative Écologiste et Sociale déplore que la forte communication de l’exécutif régional ne soit pas suivie des actes pourtant urgents qu’il convient de mettre en oeuvre.

 

Une nouvelle fois, l’exécutif régional parle de la biodiversité comme d’une “opportunité d’attractivité économique”, démontrant qu’il souhaite avant tout exploiter la nature. Cette volonté permanente de tirer de la nature un avantage pour les humain.e.s est en décalage complet avec les enjeux écologiques et climatiques. La nature n’a que trop souffert de l’intervention humaine.

 

À écouter l’exécutif régional, il aurait enfin pris la mesure de l’urgence que représente la sixième extinction massive d’espèces à laquelle sa stratégie régionale pour la biodiversité serait une réponse politique. Malheureusement, ce plan n’est pas à la hauteur des enjeux et les élu.e.s régionaux.ales membres du groupe Alternative écologiste et sociale ont pris position contre un plan qui se trompe d’approche.

 

Alors qu’il est urgent de réinventer notre rapport au territoire et de penser nos activités socio-économiques en lien avec les autres composantes du vivant, la stratégie de l’exécutif régional souhaite faire de la biodiversité une opportunité économique et mélange allègrement les notions d’espaces naturels et d’espaces verts. Ainsi elle inclut un plan de développement des activités sportives de plein air, sans conditions de leur impact sur les milieux.

 

La politique régionale est une politique d’aménagement utilitaire du territoire. Or une des principales raisons de l’effondrement du vivant est justement cette intervention massive des humain.e.s dans l’ensemble des espaces qui, par l’urbanisation, la construction d’infrastructures routières ou encore par le développement de l’agriculture industrielle, ne laisse plus de place aux autres espèces. La stratégie pour la biodiversité comprend par exemple la volonté de ré-urbaniser l’ensemble des friches de la région.

 

La question de la transition agricole est un enjeu majeur de protection de la biodiversité et il est heureux que, contrairement à la politique agricole défendue généralement par le Conseil régional, la stratégie prévoie des transitions massives vers l’agriculture biologique. Toutefois, il y a de grandes chances que, en restant dans une logique sectorielle, la Région passe à côté des objectifs de protection de la biodiversité. Si le moindre recours aux produits phytosanitaires est une bonne chose pour la biodiversité, les animaux ne repeupleront les campagnes que si leurs habitats sont restaurés. En l’occurrence, cela implique d’aller au delà des cahiers des charges minimaux de l’agriculture bio européenne qui défend une vision industrielle de la bio et de repenser globalement les techniques et l’insertion économique de l’agriculture vers un meilleur équilibre des cultures, des parcelles plus petites et moins voire pas labourées, des associations d’espèces. Bref une nouvelle agriculture qui se développerait avec la “nature” et pas contre elle. 

 

Conformément aux choix réalisés par l’exécutif régional en début de mandature de suspendre les activités d’éducation à l’environnement et la nature menées par plusieurs associations et par l’Agence des espaces verts (AEV) qui gère plusieurs forêts et espaces naturels en Île-de-France, cet enjeu est quasi absent de la stratégie régionale. Or tous les professionnels de la biodiversité s’accordent à le dire: il est crucial de renforcer les liens directs et sensibles entre les habitant.e.s des grandes villes et les milieux naturels, la connaissance personnelle du vivant étant certainement le meilleur frein à l’extinction que nos modes de vie lui font subir. 

 

La présidente de la Région a attendu la décision gouvernementale pour affirmer son opposition au projet Europacity. Cependant, ce qu’elle laisse désormais entendre de ses intentions concernant le triangle de Gonesse n’est en rien rassurant en termes de protection de la biodiversité. Si le complexe commercial est bien abandonné, Mme Pécresse souhaite toujours urbaniser une zone agricole qui est déjà en partie un espace naturel accueillant plusieurs espèces et pourrait, dans le cadre du projet Carma devenir un vrai refuge de biodiversité dans une zone sous tension. Le groupe Alternative Écologiste et Sociale maintient son soutien aux citoyennes et citoyens défendant de nouveaux usages plus résilients et plus respectueux de la biodiversité sur le triangle de Gonesse. 

 

Enfin la Région se montre gravement contradictoire dans ses politiques. D’un côté elle annonce vouloir construire 500 km de haies, mais de l’autre elle lance un plan d’investissement massif dans les infrastructures routières. D’un côté elle souhaite restaurer des milieux humides mais de l’autre elle continue de financer les fédérations de chasseurs dont les impacts négatifs sur les populations animales sont connus de toutes et tous (soit en participant de leur extinction comme plusieurs espèces d’oiseaux chassables classées sur les listes rouges UICN, soit en encourageant leur prolifération comme les sangliers).  D’un côté, elle prétend se montre à la hauteur des enjeux et cite le rapport de l’IPBES d’un autre côté elle n’a aucun problème à financer des constructions de bâtiments, routes, espaces publiques sans aucune forme de conditionnalité ni en terme d’impact environnemental global ni même en termes de préservation de la biodiversité locale.

 

Pour les conseillers régionaux et conseillères régionales membres du groupe alternative écologiste et sociale, la protection du vivant et le soutien au retour de la biodiversité ne peuvent pas constituer une politique sectorielle, détachée et contradictoire avec le reste des politiques publiques. Au contraire, ces objectifs doivent être intégrés dans l’ensemble des actions entreprises par la région tant dans la gestion des lycées que le soutien aux communes, tant dans la politique associative et citoyenne que dans les transports publics. 

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